Sacha Lenoir et ses parents ont attendu des heures le ferry de Porto. C’est un Ferry colossal et luxueux, dont la hauteur avoisine les trente mètres, qui, par ses nombreuses lumières, intrigue fortement Sacha. Cette dernière a des couettes blondes, et une petite bouille ronde respirant l’innocence. Elle est impulsive, hyperactive, constamment en mouvement. Monsieur Lenoir est âgé d’une trentaine d’années, dans la force de l’âge, robuste, fort, d’une carrure impressionnante, sûr de lui : c’est le genre d’homme avec qui il vaut mieux ne pas avoir de problème. Madame Lenoir est exactement l’inverse de son époux : elle est plutôt petite, fluette et chétive, en retrait, avec un instinct maternel omniprésent. Pendant que les parents s’installent dans une suite, la petite fille court sur le pont supérieur. Sa démarche encore peu assurée, le tangage et le parquet récemment ciré la font trébucher. Bien qu’elle n’ait pas mal, Sacha se met à pleurer de toutes ses forces dans l’espoir qu’une personne charitable vienne l’aider à se relever. Comme personne n’accourt, elle sèche ses larmes, se relève et se remet à courir. C’est alors qu’elle heurte une énorme femme – sa robe à fleur aurait pu servir de tente pour six personnes – accompagnée de son caniche. Elle n’est visiblement pas née avec le gène de la féminité. Elle s’exclame :
-Ah, c’est toi Sacha !
-Comment connaissez-vous mon nom ? Je ne vous connais pas.
-Ah, ça je n’ai pas le droit de te le dire, tes parents sont bien installés à bord ?
Mais elle n’obtient pas de réponse car la petite fille est déjà repartie avec l’insouciance de ses huit ans. Elle revient donc dans sa suite. Celle-ci est une pièce lumineuse de style marocain pour le séjour qui comporte une table, des chaises, un canapé, une télévision et une petite salle de bains dont le robinet laisse s’échapper un mince filet d’eau faisant régner une constante humidité dans la pièce. Une chambre spacieuse pour les parents et une autre pour la petite fille leur permettent de se reposer.
Sa mère lui demande :
- Alors, ça va ma puce ?
- Oui, mais il y a une dame qui connaît mon nom alors que je ne me rappelle pas d’elle.
- C’est pas grave, elle doit t’avoir entendu prononcer ton nom pendant que tu t’amusais ; tu veux m’aider à défaire les valises ?
- Non, je vais m’amuser dans la piscine avec mon ours en peluche.
- Mais non, après ton ours il sera tout mouillé !
Son ours en peluche sous le bras, elle repart donc en direction de la piscine. Elle court, elle court si vite que l’on ne voit plus ses petites jambes. En arrivant, la fragile petite fille se rend compte qu’elle a perdu Azouz, son doudou. Ce dernier auquel il manque un œil – le deuxième partira bientôt – n’est plus qu’un amas de plumes. Elle revient donc sur ses pas pour essayer de le retrouver mais elle n’arrive pas à mettre la main dessus. Au moment où elle commençait à désespérer, son père et sa mère arrivent vers elle, son cher et tendre Azouz à la main.
- Ah, bah te voilà Azouz, je te cherchais partout !
- Tu as laissé ton ours en peluche traîner, imagine ce qui se serait passé si quelqu’un te l’avais pris ?
Sacha prend donc son doudou dans ses petits bras et lui fait plein de bisous.
- Bon, on va fêter ton anniversaire au restaurant, veux-tu une pizza ou une crêpe ? demande le père.
- Je veux une pizza ET une crêpe.
Quelques minutes plus tard les Lenoir arrivent au « grand large », le restaurant du Ferry. Les parents commandent tous deux des accras de morue et Sacha une crêpe au sucre. La petite fille mange goulûment le fruit de son attente, les parents se demandent ce qu’ils vont faire de leur après-midi. Une fois le plat principal terminé, les parents réclament un gâteau en l’honneur de leur fille. Quelle n’est pas leur surprise de voir que, sur celui-ci, il est inscrit «bon anniversaire Sacha ». Les parents aperçoivent alors un officier du bateau, flânant. A la magnificence de son costume, à son béret aux couleurs de la république française, à la sécurité de sa démarche, on pouvait deviner chez cet homme un marin chevronné, ayant affronté maintes fois les océans. Ils l’interpellent, lui demandent pourquoi il est inscrit le nom de leur fille sur le gâteau alors qu’ils ne leur avaient pas communiqué. Il répond qu’il n’en sait rien, qu’il applique juste ce qu’on lui demande.
La mère de Sacha se demande :
- Mince, c’est bien vrai ce que dit Sacha, les gens connaissent son nom alors qu’on ne les a jamais vus. Mais comment est-ce possible ? C’est tout de même étrange !
Sacha et ses parents se réveillent avec la bonne humeur du matin. Ayant pris son petit déjeuner, la petite fille s’habille, se brosse les dents puis fait ses devoirs de vacances. Son père l’aide lorsqu’elle n’y arrive pas. Puis la petite fille fait une partie de scrabble avec son ours en peluche. Ce dernier perd la partie, Sacha le console avec une voix qu’elle veut rassurante :
- Ne t’inquiète pas Azouz, tu gagneras peut-être la prochaine fois...
Puis les parents et leur petite protégée se baladent sur le pont supérieur du bateau. Ces derniers croisent alors le capitaine. Celui-ci est un marin d’expérience, bourru, lunatique, portant une vareuse verte. Vous le croisez une fois le matin, vous ne souriez plus de toute la journée !
- Bonjour messieurs-dames, tout se passe comme vous voulez ?
- Oui, tout est parfait.
Le capitaine se penche alors vers la petite fille et lui demande :
- Alors Sacha, est-ce que tu aimes mon navire ?
- Comment ça se fait que tout le monde connait le nom de ma fille !
- Eh bien, qui ne connaît pas le nom de cette charmante demoiselle ?
Puis le commandant de bord sourit ironiquement, et explique qu’on a besoin de lui.
Et c’est sur ces mots que la famille et le commandant se quittent. Sacha s’éclipse discrètement, s’échappe des bras de sa maman, puis elle se met à courir dans les couloirs. Tout à coup elle s’arrête, se rend compte que quelqu’un la suit avec un regard menaçant et une table roulante sur laquelle sont disposés plusieurs couteaux de cuisine. Affolée et prise de paranoïa, Sacha marche un peu plus vite. L’inconnu accélère, elle se met à courir, puis l’homme l’interpelle par son prénom, la rattrape, lui demande si tout va bien, la petite fille lui retourne la question. Elle tente à nouveau de s’enfuir mais l’inconnu la rattrape par le col et lui dit :
- Tu as oublié une de tes billes sur ton lit.
- Ah, merci.
C’est alors qu’elle se rend compte que, lui aussi connaît son prénom.
- Comment vous connaissez mon nom ?
- Si je connais ton nom, c’est parce que tout le monde le connaît aussi.
- Pourquoi tout le monde le connaît ?
- Parce que c’est comme ça.
Sacha retrouve enfin ses parents, lui raconte sa mésaventure. La mère, qui veut rassurer sa fille, lui dit que ce n’est rien, juste un cuisinier.
Mais cette explication ne convient pas à la petite fille.
Les Lenoir et Azouz continuent leur balade, déjeunent au restaurant, puis revoient l’officier qui a servi le gâteau d’anniversaire de Sacha et lui demande pourquoi tout le monde connaît le nom de leur fille, il ne répond pas et s’enfuit vers le pont du dessous.
Sacha et ses parents le poursuivent pour connaître le motif de cette énigme, et arrivent dans une salle gigantesque où, au milieu, trône une machine dont la taille est proportionnelle à celle de la pièce. Ils voient l’officier, le père lui assène un plaquage digne d’un des meilleurs joueurs de rugby. Les Lenoir l’immobilisent, lui demandent à quoi sert cette machine monstrueuse. C’est à ce moment-là qu’arrive le capitaine qui ordonne fermement à tout le monde de sortir. A ces mots, les Lenoir quittent la salle dont l’intérieur leur restera inconnu.
La petite famille retourne dans sa cabine pour se remettre de leurs émotions. La mère fait un tour de clé, puis ouvre la porte. Mais Sacha découvre alors un détail : bizarrement, et sans que cela puisse paraître rationnel, les draps de son lit son défaits alors que sa chambre était fermée à clé. Elle rapporte donc cette anomalie à ses parents qui, eux aussi, trouvent cela bizarre. Le père décide de mener sa petite enquête : à en juger par les draps du lit de Sacha, la personne qui est entrée devait être un petit enfant. Le père, accompagné de sa fille, demande donc à tous les petits qu’ils croisent s’ils sont entrés dans la treizième cabine du deuxième étage :
- Excuse-moi mon petit, as tu aperçu quelqu’un entrant dans la treizième cabine du deuxième étage ?
- La cabine de Sacha, bien sûr que non ; qui oserait y entrer ?
- Toi aussi, tu connais mon nom, mais pourquoi ? rétorque Sacha.
- Mais pourquoi je ne connaîtrais pas ton nom ?
- Tu n’es pas censé le connaître.
A peine Sacha a-t-elle fini sa phrase que le petit garçon part en courant. Son père ne parvient pas à le rattraper malgré son jeune âge et tous ses efforts. Soudainement en proie à un de ces découragements profonds, monsieur Lenoir dit à sa fille :
-Ne t’inquiète pas, on finira par comprendre pourquoi tout le monde connaît ton nom !
Tout à coup, la petite fille se met à courir sur le pont. Mais ce que personne n’attendait arrive : Sacha trébuche, et tombe sur un tabouret couché par terre : le coup du lapin.
FAITS DIVERS
Une jeune fille de huit ans est retrouvée morte à bord d’un ferry portugais, est-ce d’origine criminelle ? Un accident ? Des experts travaillent actuellement pour y répondre et nous vous tiendrons informés.
-Ah, c’est toi Sacha !
-Comment connaissez-vous mon nom ? Je ne vous connais pas.
-Ah, ça je n’ai pas le droit de te le dire, tes parents sont bien installés à bord ?
Mais elle n’obtient pas de réponse car la petite fille est déjà repartie avec l’insouciance de ses huit ans. Elle revient donc dans sa suite. Celle-ci est une pièce lumineuse de style marocain pour le séjour qui comporte une table, des chaises, un canapé, une télévision et une petite salle de bains dont le robinet laisse s’échapper un mince filet d’eau faisant régner une constante humidité dans la pièce. Une chambre spacieuse pour les parents et une autre pour la petite fille leur permettent de se reposer.
Sa mère lui demande :
- Alors, ça va ma puce ?
- Oui, mais il y a une dame qui connaît mon nom alors que je ne me rappelle pas d’elle.
- C’est pas grave, elle doit t’avoir entendu prononcer ton nom pendant que tu t’amusais ; tu veux m’aider à défaire les valises ?
- Non, je vais m’amuser dans la piscine avec mon ours en peluche.
- Mais non, après ton ours il sera tout mouillé !
Son ours en peluche sous le bras, elle repart donc en direction de la piscine. Elle court, elle court si vite que l’on ne voit plus ses petites jambes. En arrivant, la fragile petite fille se rend compte qu’elle a perdu Azouz, son doudou. Ce dernier auquel il manque un œil – le deuxième partira bientôt – n’est plus qu’un amas de plumes. Elle revient donc sur ses pas pour essayer de le retrouver mais elle n’arrive pas à mettre la main dessus. Au moment où elle commençait à désespérer, son père et sa mère arrivent vers elle, son cher et tendre Azouz à la main.
- Ah, bah te voilà Azouz, je te cherchais partout !
- Tu as laissé ton ours en peluche traîner, imagine ce qui se serait passé si quelqu’un te l’avais pris ?
Sacha prend donc son doudou dans ses petits bras et lui fait plein de bisous.
- Bon, on va fêter ton anniversaire au restaurant, veux-tu une pizza ou une crêpe ? demande le père.
- Je veux une pizza ET une crêpe.
Quelques minutes plus tard les Lenoir arrivent au « grand large », le restaurant du Ferry. Les parents commandent tous deux des accras de morue et Sacha une crêpe au sucre. La petite fille mange goulûment le fruit de son attente, les parents se demandent ce qu’ils vont faire de leur après-midi. Une fois le plat principal terminé, les parents réclament un gâteau en l’honneur de leur fille. Quelle n’est pas leur surprise de voir que, sur celui-ci, il est inscrit «bon anniversaire Sacha ». Les parents aperçoivent alors un officier du bateau, flânant. A la magnificence de son costume, à son béret aux couleurs de la république française, à la sécurité de sa démarche, on pouvait deviner chez cet homme un marin chevronné, ayant affronté maintes fois les océans. Ils l’interpellent, lui demandent pourquoi il est inscrit le nom de leur fille sur le gâteau alors qu’ils ne leur avaient pas communiqué. Il répond qu’il n’en sait rien, qu’il applique juste ce qu’on lui demande.
La mère de Sacha se demande :
- Mince, c’est bien vrai ce que dit Sacha, les gens connaissent son nom alors qu’on ne les a jamais vus. Mais comment est-ce possible ? C’est tout de même étrange !
Sacha et ses parents se réveillent avec la bonne humeur du matin. Ayant pris son petit déjeuner, la petite fille s’habille, se brosse les dents puis fait ses devoirs de vacances. Son père l’aide lorsqu’elle n’y arrive pas. Puis la petite fille fait une partie de scrabble avec son ours en peluche. Ce dernier perd la partie, Sacha le console avec une voix qu’elle veut rassurante :
- Ne t’inquiète pas Azouz, tu gagneras peut-être la prochaine fois...
Puis les parents et leur petite protégée se baladent sur le pont supérieur du bateau. Ces derniers croisent alors le capitaine. Celui-ci est un marin d’expérience, bourru, lunatique, portant une vareuse verte. Vous le croisez une fois le matin, vous ne souriez plus de toute la journée !
- Bonjour messieurs-dames, tout se passe comme vous voulez ?
- Oui, tout est parfait.
Le capitaine se penche alors vers la petite fille et lui demande :
- Alors Sacha, est-ce que tu aimes mon navire ?
- Comment ça se fait que tout le monde connait le nom de ma fille !
- Eh bien, qui ne connaît pas le nom de cette charmante demoiselle ?
Puis le commandant de bord sourit ironiquement, et explique qu’on a besoin de lui.
Et c’est sur ces mots que la famille et le commandant se quittent. Sacha s’éclipse discrètement, s’échappe des bras de sa maman, puis elle se met à courir dans les couloirs. Tout à coup elle s’arrête, se rend compte que quelqu’un la suit avec un regard menaçant et une table roulante sur laquelle sont disposés plusieurs couteaux de cuisine. Affolée et prise de paranoïa, Sacha marche un peu plus vite. L’inconnu accélère, elle se met à courir, puis l’homme l’interpelle par son prénom, la rattrape, lui demande si tout va bien, la petite fille lui retourne la question. Elle tente à nouveau de s’enfuir mais l’inconnu la rattrape par le col et lui dit :
- Tu as oublié une de tes billes sur ton lit.
- Ah, merci.
C’est alors qu’elle se rend compte que, lui aussi connaît son prénom.
- Comment vous connaissez mon nom ?
- Si je connais ton nom, c’est parce que tout le monde le connaît aussi.
- Pourquoi tout le monde le connaît ?
- Parce que c’est comme ça.
Sacha retrouve enfin ses parents, lui raconte sa mésaventure. La mère, qui veut rassurer sa fille, lui dit que ce n’est rien, juste un cuisinier.
Mais cette explication ne convient pas à la petite fille.
Les Lenoir et Azouz continuent leur balade, déjeunent au restaurant, puis revoient l’officier qui a servi le gâteau d’anniversaire de Sacha et lui demande pourquoi tout le monde connaît le nom de leur fille, il ne répond pas et s’enfuit vers le pont du dessous.
Sacha et ses parents le poursuivent pour connaître le motif de cette énigme, et arrivent dans une salle gigantesque où, au milieu, trône une machine dont la taille est proportionnelle à celle de la pièce. Ils voient l’officier, le père lui assène un plaquage digne d’un des meilleurs joueurs de rugby. Les Lenoir l’immobilisent, lui demandent à quoi sert cette machine monstrueuse. C’est à ce moment-là qu’arrive le capitaine qui ordonne fermement à tout le monde de sortir. A ces mots, les Lenoir quittent la salle dont l’intérieur leur restera inconnu.
La petite famille retourne dans sa cabine pour se remettre de leurs émotions. La mère fait un tour de clé, puis ouvre la porte. Mais Sacha découvre alors un détail : bizarrement, et sans que cela puisse paraître rationnel, les draps de son lit son défaits alors que sa chambre était fermée à clé. Elle rapporte donc cette anomalie à ses parents qui, eux aussi, trouvent cela bizarre. Le père décide de mener sa petite enquête : à en juger par les draps du lit de Sacha, la personne qui est entrée devait être un petit enfant. Le père, accompagné de sa fille, demande donc à tous les petits qu’ils croisent s’ils sont entrés dans la treizième cabine du deuxième étage :
- Excuse-moi mon petit, as tu aperçu quelqu’un entrant dans la treizième cabine du deuxième étage ?
- La cabine de Sacha, bien sûr que non ; qui oserait y entrer ?
- Toi aussi, tu connais mon nom, mais pourquoi ? rétorque Sacha.
- Mais pourquoi je ne connaîtrais pas ton nom ?
- Tu n’es pas censé le connaître.
A peine Sacha a-t-elle fini sa phrase que le petit garçon part en courant. Son père ne parvient pas à le rattraper malgré son jeune âge et tous ses efforts. Soudainement en proie à un de ces découragements profonds, monsieur Lenoir dit à sa fille :
-Ne t’inquiète pas, on finira par comprendre pourquoi tout le monde connaît ton nom !
Tout à coup, la petite fille se met à courir sur le pont. Mais ce que personne n’attendait arrive : Sacha trébuche, et tombe sur un tabouret couché par terre : le coup du lapin.
FAITS DIVERS
Une jeune fille de huit ans est retrouvée morte à bord d’un ferry portugais, est-ce d’origine criminelle ? Un accident ? Des experts travaillent actuellement pour y répondre et nous vous tiendrons informés.

