Remember, Sacha...

17 Juin 1992. Je me suis levée à l'aube en même temps que le soleil. Je séjourne pour quelques semaines à Nice , ville où j'ai passé la plupart de mes vacances d'enfance. Je bois mon thé sur ma terrasse en profitant des premiers rayons du soleil et de la vue panoramique sur le vieux port de Nice. Ma vie n'a jamais été aussi paisible que maintenant, je profite pleinement de ma soixante-seizième année. J'ai tout accompli au cours de ma vie , j'ai eu un bon travail ce qui me permet de payer le loyer de ma maison de vacances. Je pense avoir accompli mon rôle de mère convenablement malgré la perte de mon mari il y à deux ans, je suis heureuse et accomplie. Les marins partent à la pêche et d'autres trient déjà leurs poissons frais. Dans les yatchs tout le monde dort encore. Le trafic, lui, commence à être dense. Au loin il y a un ferry « Corsica ferry » le ferry qui mène jusqu'à la Corse.

C'était lors de mes huit ans, alors que je devais prendre le ferry pour me rendre en vacances en Corse. Déjà quand je suis montée sur le bateau tout le monde se retournait sur mon passage où me souriait. Fière de moi alors je me redressais et marchais droit en me disant que j'avais bien fait de mettre ma robe préférée, rose à volants. C'est le capitaine qui m'accueillit lui même sur le pont en me disant « Bienvenue à bord du Charlotte, Sacha, j'espère qu'il te plaira. » A ce moment-là je ne me posais pas encore de questions sur le fait qu'il connaissait mon prénom. J'avançai sur le pont épatée par la hauteur du ferry et son immensité. Une fois arrivée dans ma cabine je remarquai sur la table un gros bouquet , je m'en suis approché et sur une carte qui l'accompagnait était marqué
« Pour Sacha ».
Qui m'envoyait ces fleurs ? Pourquoi ? Comment connaissait-on mon prénom ? Puis sur mon lit il y avait un ours en peluche sur lequel était brodé en lettres d'or « SACHA ». Du haut de mes huit ans je commençais à me poser des questions. Ma mère est venue me voir pour savoir si tout allait bien, je lui expliquai donc que je trouvais cela étrange, mais elle me rassura en m'expliquant que cela était normal et son sourire protecteur me fit tout oublier. Je déambulai sur le bateau avec mes grands yeux ébahis de petite fille. Je regardai les hommes et les femmes qui passaient en ayant toujours toujours un petit sourire pour moi , un petit bonjour de la main ou alors un « Bonjour Sacha « , comme s'ils me connaissaient. Ce qui m'étonnait et me ravissait en même temps, quoi de plus beau pour une fillette de huit ans que de reçevoir des sourires de tout le monde? Je continuais mon chemin en sautillant, faisant rebondir mes boucles blondes, je traversai un couloir. Un grand homme aux cheveux noir de jais était posté près de la porte d'une chambre et me fixait du regard. Je m'arrêtai devant lui et lui murmurai un « bonjour » assorti d'un sourire timide. Il ne me répondit pas, je souris un peu plus, espérant lui arracher à lui aussi un sourire. Il ne réagit toujours pas, ses yeux étaient toujours posés sur moi en une expression étrange. Il commençait à m'inquiéter et je décidai de partir. Tout le long du couloir je sentis son regard brûlant dans mon dos. Un fois arrivée de l'autre côté du bateau je me dirigeai vers la salle de jeux. Sur le chemin une vieille dame me salua et me proposa un bonbon. Je refusai poliment en faisant non de la tête. J'entrai dans la salle de jeux où il y avait une dizaines d'enfants de mon âge. Dont trois filles qui avaient des Barbies, jouaient à des jeux divers. Une fille qui tenait une Barbie en tenue de princesse, se retourna vers moi, parut me reconnaître et me dit « Hé! Sacha , tu viens jouer avec nous ? » Je n'avais qu'une envie, aller voir ma mère et rester dans ses bras. Je courai vers elle, sautai sur ses genoux, enfouis ma tête dans le creux de son épaule et lui demandai d'une voix d'où pointaient des sanglots: « Maman, pourquoi tous les gens ils me connaissent ?
»Elle me regarda quelques secondes, interloquée, puis éclata de rire.
« Mais enfin ma chérie, me dit elle, ici il n'y a que moi et ton père qui te connaissons :
− Mais si maman, je te jure, ils me parlent même !
− Si tu le dis mon cœur. Allez, va te reposer tu as l'air fatiguée. »
De toute évidence elle ne me croyait pas. Je ronchonnai un peu et me mis dans le siège à côté. Je fermai les yeux et repensai à l'homme aux cheveux noirs et au regard étrange, lui aussi avait semblé me connaître. Je finis le voyage dans un demi-sommeil et ne reparlai jamais à ma mère de cette histoire. Elle m'effrayait trop.

Au moment où j'écris je n'ai toujours pas résolu ce mystère, je ne sais toujours pourquoi toutes ces personnes me connaissaient. Mais je ne m'en préoccupe plus. La rue devient très agitée. Je vais arrêter d'écrire et aller faire mes courses au marché, puis j'irai boire un café avec mes amies.

JN
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