Sur un bateau, on avance vraiment lentement. Surtout quand on a quelque chose qui se balade dans la tête, sans qu'on sache pourquoi.
On voit en priorité ce qu'on reconnaît. Le comptable de la banque du quartier qui pèse le pour et le contre avant de sauter dans l'eau glaciale. Ou alors, la mère des sept gosses qui n'arrêtent pas de courir partout. Je les reconnais tous, ceux-là. Mais ils n'ont rien à voir avec cette gamine de huit ans.
Elle n'avait rien de particulier, si ce n'était qu'elle ne cessait de me hanter. Les gens autour de cette fille semblaient oublier leurs occupations et leurs problèmes, pour se concentrer uniquement sur elle.
Le soir, tous les passagers prenaient leur repas, dans une salle commune à tous. Les plateaux-repas micro-ondés n'avaient déjà que peu de goût. Mais après que Sacha, le diable lui-même, s'est installée en face de moi, encadrée par ses parents, le steak-frites avait un goût de cendre, et le vin devenait de la flotte.
Au bout de quelques heures, je remarquai que je n'étais pas seul. Je pouvais même dire que tout le bateau en souffrait. Une fille normale, des parents normaux, sur un bateau normal. Et pourtant, tout le monde la reconnaissait.
La première chose que je ferai, quand je descendrai de cette coquille flottante, pour rejoindre mon appartement trop grand pour moi, c'est taper son nom sur Internet.
A minuit, la gamine dormait, son père buvait une bière et sa mère, une tisane. Je n'aime pas les tisanes. Le soulagement vînt quand je me rendis compte que c'était terminé pour ce soir. Sauf que l'angoisse arrive comme une mouche sur un gâteau quand je sais que demain, la torture va recommencer.
Quand on ne dort pas assez, on a des hallucinations. Je n'ai pas dormi de la nuit. La déduction est rapide et simple...
Sacha était partout. Les gens commençaient à s'écarter sur son passage, mais ni les parents, ni la fille n'avaient de réaction. J'essayais de ne pas la regarder, de penser à autre chose. Sauf qu'une fois qu'un souvenir est imprimé dans votre tête, impossible de s'en défaire. C'est encore pire quand ce souvenir est vivant.
Alors je me suis efforcé de me persuader qu'elle n'existait pas. C'était une erreur. Non... Un énorme boulette. Plus je me répétais « Elle n'existe pas. Ce n'est qu'une idée », plus elle apparaissait dans mon champ de vision, se rapprochant à chaque fois un peu plus de moi. Je voyais du défi dans son regard. Quand je dormais un peu, je me réveillais car je frappais dans le mur, persuadé que Sacha avait osé rentrer dans ma chambre.
J'ai fini par laisser tomber. J'ai oublié que j'étais, comme tout le monde, obnubilé par Sacha Lenoir. Je l'ai traitée comme on traite une gamine de huit ans : « Bonjour, Bonsoir . Tu veux une crêpe ? Garde la monnaie. »
Ça a marché. Miraculeux, n'est-ce pas ? Je m'en serais tout de même bien passé, de cette foutue traversée.
Je ne faisais plus attention à tous ses gestes. Je passais du chat qui guette sa proie au paresseux qui n'en à rien faire du reste du monde. J'ai oublié jusqu'à son nom. Elle n'était plus le centre de ma vision. Pendant plusieurs heures, elle ne fit d'ailleurs aucune apparition.
Après débarquement, j'ai tout compris. Enfin soulagé de ne plus avoir l'esprit occupé par le visage d'une gamine dont je n'avais rien à faire, je suis rentré chez moi, ai mangé de la vraie nourriture qui n'avait pas le goût de cendre, et j'ai ensuite pris mon netbook et je suis allé boire un verre dans un cybercafé. J'ai tapé son nom sur le moteur de recherche que tout le monde connaît, et je n'ai rien trouvé. J'ai bu un whisky cul-sec et j'ai entrevu la raison de cette histoire.
On voit en priorité ce qu'on reconnaît. Le comptable de la banque du quartier qui pèse le pour et le contre avant de sauter dans l'eau glaciale. Ou alors, la mère des sept gosses qui n'arrêtent pas de courir partout. Je les reconnais tous, ceux-là. Mais ils n'ont rien à voir avec cette gamine de huit ans.
Elle n'avait rien de particulier, si ce n'était qu'elle ne cessait de me hanter. Les gens autour de cette fille semblaient oublier leurs occupations et leurs problèmes, pour se concentrer uniquement sur elle.
Le soir, tous les passagers prenaient leur repas, dans une salle commune à tous. Les plateaux-repas micro-ondés n'avaient déjà que peu de goût. Mais après que Sacha, le diable lui-même, s'est installée en face de moi, encadrée par ses parents, le steak-frites avait un goût de cendre, et le vin devenait de la flotte.
Au bout de quelques heures, je remarquai que je n'étais pas seul. Je pouvais même dire que tout le bateau en souffrait. Une fille normale, des parents normaux, sur un bateau normal. Et pourtant, tout le monde la reconnaissait.
La première chose que je ferai, quand je descendrai de cette coquille flottante, pour rejoindre mon appartement trop grand pour moi, c'est taper son nom sur Internet.
A minuit, la gamine dormait, son père buvait une bière et sa mère, une tisane. Je n'aime pas les tisanes. Le soulagement vînt quand je me rendis compte que c'était terminé pour ce soir. Sauf que l'angoisse arrive comme une mouche sur un gâteau quand je sais que demain, la torture va recommencer.
Quand on ne dort pas assez, on a des hallucinations. Je n'ai pas dormi de la nuit. La déduction est rapide et simple...
Sacha était partout. Les gens commençaient à s'écarter sur son passage, mais ni les parents, ni la fille n'avaient de réaction. J'essayais de ne pas la regarder, de penser à autre chose. Sauf qu'une fois qu'un souvenir est imprimé dans votre tête, impossible de s'en défaire. C'est encore pire quand ce souvenir est vivant.
Alors je me suis efforcé de me persuader qu'elle n'existait pas. C'était une erreur. Non... Un énorme boulette. Plus je me répétais « Elle n'existe pas. Ce n'est qu'une idée », plus elle apparaissait dans mon champ de vision, se rapprochant à chaque fois un peu plus de moi. Je voyais du défi dans son regard. Quand je dormais un peu, je me réveillais car je frappais dans le mur, persuadé que Sacha avait osé rentrer dans ma chambre.
J'ai fini par laisser tomber. J'ai oublié que j'étais, comme tout le monde, obnubilé par Sacha Lenoir. Je l'ai traitée comme on traite une gamine de huit ans : « Bonjour, Bonsoir . Tu veux une crêpe ? Garde la monnaie. »
Ça a marché. Miraculeux, n'est-ce pas ? Je m'en serais tout de même bien passé, de cette foutue traversée.
Je ne faisais plus attention à tous ses gestes. Je passais du chat qui guette sa proie au paresseux qui n'en à rien faire du reste du monde. J'ai oublié jusqu'à son nom. Elle n'était plus le centre de ma vision. Pendant plusieurs heures, elle ne fit d'ailleurs aucune apparition.
Après débarquement, j'ai tout compris. Enfin soulagé de ne plus avoir l'esprit occupé par le visage d'une gamine dont je n'avais rien à faire, je suis rentré chez moi, ai mangé de la vraie nourriture qui n'avait pas le goût de cendre, et j'ai ensuite pris mon netbook et je suis allé boire un verre dans un cybercafé. J'ai tapé son nom sur le moteur de recherche que tout le monde connaît, et je n'ai rien trouvé. J'ai bu un whisky cul-sec et j'ai entrevu la raison de cette histoire.