Je vis une vie pénible. Je passe mes journées à regarder la télé. Je ne peux rien faire d'autre de toute façon. Manon est une jeune femme qui vient tous les jours pour m'aider à me laver et à manger. Elle se dit « assistante de vie ». J'en ai un peu ras-le-bol de la vie. Les jours s'enchaînent et se ressemblent. Personne ne vient me rendre visite, je n'ai ni ami ni fils. Il y avait mon mari, le seul homme que j'ai aimé toute ma vie. Il est parti il y a deux ans, il me manque. Parfois, j'ai envie de le rejoindre rien que pour être dans ses bras, pour lui parler. Manon voit que ma joie de vivre n'est plus présente. Elle me raconte que dans ses moments de solitude, elle écrit. Écrire, mais quoi ? Il est vingt-deux heures. Je prends une feuille et un stylo. Je m'installe confortablement devant mon bureau. Je n'ai aucune inspiration. Cela fait maintenant une demi-heure que ma feuille est toujours vierge. Je regarde ma fenêtre qui a vue sur un vieux port. J'aperçois un énorme ferry qui s'apprête à embarquer une foule gigantesque. Cela me rappelle ma jeunesse. Je prends mon stylo et je me mets à écrire.
J'avais huit ans. Mon père avait gagné un magnifique voyage sur un ferry. Je me rappelle de ce moment comme si c'était hier. Ma mère était tellement joyeuse qu'elle avait déjà commencé à faire les valises. Je n'étais jamais partie. Je ne connaissais pas la signification du mot « voyage ». On devait s'en aller trois jours plus tard. Pendant ce temps, mes parents n'ont jamais été si heureux. Ils passaient leur vie à s'embrasser et discutaient sans cesse du voyage. Le 4 Aout 1934, ce fut le grand départ. Il y avait une foule incroyable qui s'apprêtait à embarquer sur le ferry. Je contemplais cette énorme bateau, je n'avais jamais vu quelque chose d'aussi grand.
On était enfin sur ce ferry. Je voyais sans cesse mes parents saluer des personnes, comme s'ils connaissaient tous le monde. Un homme nous présenta notre cabine. Elle était splendide. Je me rappelle surtout du jacuzzi que nous avions dans la salle de bain, j'aimais y passer du temps. Quatre jours après notre embarcation, mes parents m'ont enfin autorisée à me promener seule sur le ferry. Je marchais lentement pour admirer autour de moi une magnifique vue sur la mer. Beaucoup de gens que je croisais me regardaient avec un grand sourire comme s'il me connaissaient moi aussi. Quelqu'un m'appela. Je me retournai, j'aperçus ce jeune garçon, une grande crainte monta en moi, je ne le connaissais pas. Je lui demandai comment il connaissait mon nom. Il me répondit : « Mais Sacha, tout le monde te connaît ici » Ma crainte devenait de plus en plus grande. Je ne le regardais plus de la même façon, j'avais peur de lui. Je partis en courant rejoindre la cabine. Sur le chemin, des hommes m'appelèrent mais je ne leur répondis pas. Arrivant à notre cabine, je courus jusqu'à ma chambre, et me réfugiai dans mes draps. Ma mère me demanda : « Qu'est-ce qui t'arrive Sacha ?
- Maman, des hommes m'ont appelée, mais je ne les connais pas, j'ai peur maman. Un garçon m'a même dit que tout le monde me connaissait.
- Ce n'est rien Sacha, moi aussi tout le monde me connaît. Au début c'est difficile, mais tu t'y habitueras.
- Mais maman … »
J'étais complètement effarée. Depuis ce jour, j'ai peur.
Aujourd'hui j'ai soixante-seize ans et je ne sais toujours pas pourquoi. Je ne le saurai jamais.
J'avais huit ans. Mon père avait gagné un magnifique voyage sur un ferry. Je me rappelle de ce moment comme si c'était hier. Ma mère était tellement joyeuse qu'elle avait déjà commencé à faire les valises. Je n'étais jamais partie. Je ne connaissais pas la signification du mot « voyage ». On devait s'en aller trois jours plus tard. Pendant ce temps, mes parents n'ont jamais été si heureux. Ils passaient leur vie à s'embrasser et discutaient sans cesse du voyage. Le 4 Aout 1934, ce fut le grand départ. Il y avait une foule incroyable qui s'apprêtait à embarquer sur le ferry. Je contemplais cette énorme bateau, je n'avais jamais vu quelque chose d'aussi grand.
On était enfin sur ce ferry. Je voyais sans cesse mes parents saluer des personnes, comme s'ils connaissaient tous le monde. Un homme nous présenta notre cabine. Elle était splendide. Je me rappelle surtout du jacuzzi que nous avions dans la salle de bain, j'aimais y passer du temps. Quatre jours après notre embarcation, mes parents m'ont enfin autorisée à me promener seule sur le ferry. Je marchais lentement pour admirer autour de moi une magnifique vue sur la mer. Beaucoup de gens que je croisais me regardaient avec un grand sourire comme s'il me connaissaient moi aussi. Quelqu'un m'appela. Je me retournai, j'aperçus ce jeune garçon, une grande crainte monta en moi, je ne le connaissais pas. Je lui demandai comment il connaissait mon nom. Il me répondit : « Mais Sacha, tout le monde te connaît ici » Ma crainte devenait de plus en plus grande. Je ne le regardais plus de la même façon, j'avais peur de lui. Je partis en courant rejoindre la cabine. Sur le chemin, des hommes m'appelèrent mais je ne leur répondis pas. Arrivant à notre cabine, je courus jusqu'à ma chambre, et me réfugiai dans mes draps. Ma mère me demanda : « Qu'est-ce qui t'arrive Sacha ?
- Maman, des hommes m'ont appelée, mais je ne les connais pas, j'ai peur maman. Un garçon m'a même dit que tout le monde me connaissait.
- Ce n'est rien Sacha, moi aussi tout le monde me connaît. Au début c'est difficile, mais tu t'y habitueras.
- Mais maman … »
J'étais complètement effarée. Depuis ce jour, j'ai peur.
Aujourd'hui j'ai soixante-seize ans et je ne sais toujours pas pourquoi. Je ne le saurai jamais.