Ecrire avec, lire pour

suivre un auteur dans son rapport à l'écriture et au cinéma
en Haute-Normandie

Le cinéma l'Ariel en partenariat avec l'association Grand écran à Mont-Saint-Aignan et le lycée Thomas Corneille à Barentin se sont associés pour participer à cette expérience initiée par une maison d'édition nantaise, Capricci (également productrice de films). Le projet est coordonnée par l'ACOR - Association des cinémas de l'ouest pour la recherche.
Ces nouvelles ont été écrites par les élèves de seconde et de première option cinéma-audiovisuel du Lycée Thomas Corneille à Barentin.
Le lundi 11 octobre 2010, ils ont assisté à l'Ariel à une rencontre publique avec Xavier Tresvaux et Olivier Jacquin après la projection du documentaire On est en démocratie ! réalisé par le collectif Othon.
Xavier Tresvaux et Olivier Jacquin sont tous deux membre du collectif Othon.
Le lendemain matin, Xavier Tresvaux, auteur d'une nouvelle écrite autour de Sacha Lenoir (voir description du personnage ci-contre) a rencontré les élèves au lycée.
Il avait attentivement les nouvelles ci-après. Il a donné ses commentaires et échangé avec les élèves autour des questions liées au personnage en littérature et au cinéma.
***
Xavier Tresvaux est l'auteur du roman Les gogols (Ed. Gallimard, 2009). Membre du collectif nantais Othon qui a réalisé plusieurs longs métrages dont le dernier en date est le documentaire On est en démocratie ! (2010).

Le tableau

- « 97, 98, 99. »

La petite Sacha, blondinette de huit ans visite le ferry en comptant les marches sur lesquelles elle pose ses jolis petits souliers rouges. L’escalier est décoré d’un magnifique et rarissime tableau d’Ympas qu’elle manque de faire tomber mais qu’elle rattrape de justesse. Le ferry qu’elle explore comporte quatre étages, un restaurant et les grooms sont disponibles à tout moment durant le trajet reliant Marseille à la Sicile. Ses parents sont déjà dan une cabine d’où ils ne sortiront pas. Sacha frappe à la porte numéro 1408 du troisième étage.

- «Bonjour m’man, bonjour p’pa ! Vous allez mieux ?
- On tient le coup, lui répondent-ils.
»

Les parents de Sacha sont comme leur petite fille des gens de taille normale, sans problème apparent, possédant une bonne situation financière et n’ayant jamais eu la varicelle jusqu’à aujourd’hui. Le capitaine du bateau ayant vu leurs horribles boutons et leur mine déconfite leur a ordonné de ne pas quitter leur chambre. Sacha est donc juste passée prendre de leurs nouvelles. Leur situation ne semble pas aller en s’arrangeant et leurs visages rougissent à vue d’œil. Sacha s’inquiète un peu mais les sait résistants. Elle repart pour jouer et finir de compter les marches du ferry en sautillant sur elle-même, en faisant voler sa jupe verte et virevolter ses deux tresses contre ses joues roses. Elle est maintenant au second étage qui est recouvert d’un papier peint rouge vif du plus mauvais goût.

Alors qu’elle arrive dans le casino miniature, un flash la surprend. Elle se retourne et voit quelqu’un en tenue de plongeur essayant de cacher l’appareil. Elle fronce les sourcils de surprise mais continue sa visite. Quelques mètres plus loin, au niveau des tables de black-jack désertes, elle tombe sur une vieille dame toute de noire vêtue, un briquet à la main, chantonnant des « Du bist ein Pferd » et scrutant vicieusement un homme en fauteuil roulant. Sacha hausse les épaules mais presse le pas en poursuivant son chemin. Quelques chuchotis se font entendre. Malgré la musique douce et ambiante qui passe dans l’air depuis le début du voyage, l’atmosphère est assez lourde et il semble que le personnel ait jugé bon de maintenir une température assez élevée même dans les salles les plus fréquentées.

Lorsqu’elle passe devant quelques cabines, elle aperçoit un homme pendu et des membres de l’équipage essayant de décrocher le macchabée, en vain. Un petit cri de terreur s’échappe de ses lèvres, elle se fait alors mitrailler du regard rougeâtre du cuisiner et part se cacher en courant derrière une bouée. L’équipage se plie devant l’échec et laisse l’homme suspendu en promettant de revenir avec la trancheuse à jambon. Sacha reste immobile, pleurant durant quelques instants puis l’idée d’aller retrouver ses parents même si elle doit tomber malade elle aussi lui vient. Elle sort donc de sa cachette et en chemin rencontre un petit garçon qui a l’air tout aussi perdu qu’elle. Elle s’approche timidement, le fait sursauter et se reçoit une gifle en plein visage par ce dernier qui s’enfuit en criant. Ses traits se crispent de plus en plus et sa respiration devient difficile. Sur la bateau la chaleur devient de plus en plus étouffante. La petite Sacha passe donc par la salle de restaurant où les quelques personnes la regardent en crachant par terre, lui hurlent des insultes et commencent à s’agiter. Elle est terrifiée et court aussi vite que lui permettent ses petites jambes. Elle manque de tomber par terre, bousculée par un homme courant sans s’arrêter, le visage déformé par la folie. La musique d’ambiance se change brusquement alors qu’elle passe devant l’infirmerie déserte en un son continu et strident de machineries. Sacha ne supporte plus cette ambiance et descend les quelques marches qui l’amènent à pénétrer dans l’infirmerie sur la pointe de ses souliers.

- « 114, 115, 116 » compte-t-elle le souffle haletant.

Le cadavre de toute à l’heure n’a pas loupé son rendez-vous avez la trancheuse dans l’arrière de l’infirmerie et Sacha, pour se dérober à la vue des bouchers et s’épargner ce spectacle éteint la lumière de la pièce. Un long cri rauque se fait entendre, la musique augmente, la lumière se rallume. Se sentant coincée elle décide de repartir mais trois personnes vacillant, bavant et ayant les phalanges en sang l’empêchent de passer. Le petit garçon violent de toute à l’heure apparaît alors à l’entrée de l’infirmerie et se jette sur les épaules de ces agresseurs en les mordant. Sacha en profite alors pour s’échapper discrètement et se diriger vers la cabine parentale.

Ouvrant la porte violemment elle se retrouve nez à nez avec sa mère, s’arrachant le peu de cheveux qui lui restent et son père se griffant le mollet avec un bout de verre du hublot brisé. Un nouveau cri tente de s’échapper d’elle mais son instinct le lui fait retenir de peur de se faire entendre. La peur la fait courir plus vite que jamais, et six cabines plus loin, l’équipage est de nouveau en plein travail avec huit nouveau corps. Un râle bestial laisse comprendre que les passagers en auront pour leur argent. Elle se sauve encore une fois dans un sprint effréné, son but à présent est de sauter du pont du bateau. Sa jupe verte se tache de la bave d’un autre individu étendu sur le sol qui pousse un grognement stoppé par le coup bien placé de Sacha.

Elle repasse ensuite par la salle de restaurant où le feu recouvre quelques morceaux de papier peint et où une chorale de Noël l’attend, tous munis d’un couteau et d’un appareil photo. Paniquée, au bord du malaise à causse de la chaleur mais consciente de la nécessité de sauver sa peau, elle fait tomber le plus de tables possible afin de ralentir ses poursuivants. Elle se réfugie enfin dans une cabine proche afin de reprendre son souffle.

- « 156. »

Se glissant sous le lit, elle sent une boule de poils sous ses doigts. Prête à se défendre elle ferme alors les poings mais le chien qu’elle vient de sentir sort de sous le lit.
- « Tu m’as fait peur mais tu a l’air normal et tout aussi terrifié que moi, viens avec moi. »

Se sentant protégée et plus forte, elle sort de la cabine accompagnée de son nouveau protecteur. Le petit garçon les attend mais c’est au tour du chien de lui sauter sur les épaules. Il n’y a plus aucune musique sur le bateau excepté le bruit du mobilier du bateau qui se consume. Sacha arrive enfin sur le pont et se jette à l’eau suivie du chien.

- « 160. »

Elle ferme les yeux et retient sa respiration mais retombe assez durement à l’endroit de sa quatre-vingt dix-septième marche, le tableau tombe et se brise, le chien a disparu. Sacha est abasourdie, se précipite vers la chambre de ses parents et les retrouve en train de gratter leurs boutons.


JC
2010 Ecrire avec, lire pour © droits réservés

L’histoire d’une fin

13/12/79 .


Je m’appelle Sacha. J’ai huit ans. Huit ans, pour certaines personnes, ce n’est pas grande chose comparé au restant de ma vie. A huit ans, on joue à la poupée, on commence à lire les magasines « people » et on tient un journal intime qui contient deux lignes. Pas moi. Voici mon histoire racontée et vue par les yeux d’une enfant.

* * *

J’ai huit ans et j’attends. J’attends sur un quai avec Marcel. Il fait froid sur ce quai. Mes cheveux longs virevoltent dans le vent, la brise glaciale du mois de décembre me rougit les joues et me gerce les lèvres. Je serre mon manteau aussi fort que possible, mais il ne me couvre pas. Je n’ai pas eu le temps de m’habiller ce matin. On est tous partis très vite. De grands messieurs sont entrés dans ma chambre et celle de mon papa. Il ont voulu l’emmener, mais mon papa, lui, il est parti plus vite qu’eux. Il court vite. Marcel m’a dit qu’il nous rejoindrait plus tard, mais je ne le crois pas. Je ne sais pas où je vais et je ne connais par le monsieur qui me serre dans ses bras. Mon papa m’a donné une chaîne ce matin. Elle est belle. Il m’a dit qu’elle me sera précieuse pour toute ma vie et que jamais je ne devrais la défaire. Dessus, il y a deux lettres qui sont gravées et qui sont J et M. Après, il est parti. Il avait chaud, mais je n’ai pas compris pourquoi. Ses yeux étaient grand ouverts et il pleurait. Peut être qu’il avait peur de ses grands messieurs. Il m’a toujours dit de ne jamais avoir affaire à eux, car ils étaient méchant. C’est vrai qu’ils m’ont toujours beaucoup impressionnés. Marcel me dit quelque chose, mais je ne l’écoute pas. Je n’en ai pas envie. Tout le monde me regarde et je sais pourquoi. Tout le monde pense que mon papa était quelqu'un de très méchant. Je ne suis pas d’accord. Tous les soirs, il me racontait l’histoire de Robin des Bois. Il disait qu’il était comme lui et que tout ce qu’il a fait, c’était pour le bien des autres et que je le comprendrais plus tard. Je ne sais pas de qui il parle mais je pense qu’il a raison. Sur le quai, tout le monde continue de me regarder. Marcel me dit de ne pas faire de même, mais je continue à lui désobéir. J’ai remarqué qu’ils me regardaient toujours pareil. Ils regardent mes yeux attentivement, d’ailleurs, une personne m’a dit un jour qu’elle me maudissait car j’avais les mêmes yeux noirs et sombres, peut-être dangereux de mon père. Le bateau arrive. De loin, il n’avait pas l’air si gros. Il est très grand et haut Les gens entrent dedans comme des machines. Peut être qu’elles ont l’habitude. Moi, je n’ai jamais pris ce genre de bateau. On le prenait toujours très tard le soir pour ne pas se faire remarquer. Je n’ai jamais compris pourquoi on faisait ça non plus. Les bateaux étaient sombres et plein de fumée de cigarettes. Les chambres étaient toutes petites et je dormais avec mon papa. Dans celui-là, j’avais un lit, un grand lit rien que pour moi. J’avais l’impression d’être une princesse ! Marcel m’a emmenée manger et c’était bon. Un marin m’a dit bonjour et m’a regardée bizarrement. Il n’y a pas beaucoup d’armes à bord. Ca ne me rassure pas. On commence à quitter le quai et mon papa n’est toujours pas là. Marcel dit qu’il viendrait par un autre bateau, et il ne m’appelle plus par mon prénom. Je m’appelle Sacha et pas Elisa. Lui, il s’appelle Marcel et pas Julien, comme il m’a demandé de le dire. Là, je lui obéis, car il m’a dit qu’il me jetterais dans l’eau si je n’agissais pas comme il le voulait. Quand le serveur m’apporte ma limonade, il me regarde et il prend peur. Il a regardé ma chaîne et m’a demandé comment je m’appelais. Elise, dis-je avec un grand sourire, aussi forcé que possible. Il m’a aussi reconnue. Je crois que j’ai attendu longtemps sur ce quai et mes yeux commencent à tomber tout seul.


Le lendemain, je me réveille toute seule dans mon grand lit. Je ne souviens pas m’être couchée. Je me lève, je m’habille et je décide de chercher Marcel. Il n’est pas dans la salle de bain. Je décide donc de partir à sa recherche dans le bateau. J’attrape alors la clenche, et j’ouvre. Le monde est à moi. Je n’avais jamais vu que les couloirs étaient aussi grands et aussi longs. Mais je n’ai pas peur. J’ai vu des choses bien pires. Une fois, il y avait une dame qui fumait dans un tout petit couloir et elle n’était pas beaucoup habillée. Elle n’était pas jolie non plus. Je traverse donc le couloir et je me rends compte que je suis dans la salle de bal. Elle est magnifique. Il y a plein d’or et de grandes colonnes. C’est la même salle que dans Cendrillon. Elle est belle Cendrillon. Son prince charmant aussi. Quand ils dansent, on dirait qu’ils volent tous les deux, comme sur un nuage. Je sens que mes jambes bougent toutes seules dès que la musique commence à sortir d’un grand instrument en forme de fleur jaune et encombrant. Je sais que ça coûte cher parce que mon papa, il en avait acheté un à ma maman, mais elle n’a jamais pu écouter de la musique avec. Elle a succombé à une balle perdue. Ma maman, elle était très complice avec mon père et elle m’a dit qu’elle le protégerait toujours face au méchant monsieur de ce matin.
Je danse donc toute seule, entre des personnes que je ne connais pas. Ils se poussent à chaque fois que je passe, comme s’ils ne m’aimaient pas. Je sais qu’ils savent qui je suis, mais je m’en fiche et je continue à imiter la belle Cendrillon avec son prince charmant. La musique s’arrête, et je me dis que je n’ai toujours par trouvé Marcel. Je ne sais pas où il est. Soudain, une main se pose très vite sur ma bouche. J’ouvre grand les yeux pour voir ce qui se passe, mais la personne est derrière moi, et elle est grande. Elle m’emmène dans une toute petite pièce sombre et sale. Quand je vois cette personne, je ne la reconnais pas. Elle me dit que c’est moi, qu’il m’a enfin retrouvée et qu’il allait se venger. Je ne sais pas pourquoi il veut faire ça et il me fait peur. Il est tout blanc, avec de grands yeux. Il me rappelle tout d’un coup quelqu’un mais je ne sais toujours pas qui. Il a chaud et ne sent pas très bon. Il est comme moi quand j’attends quelque chose depuis longtemps. Je ne sais pas ce qu’il attend de moi, mais je lui obéirai.


Je ne sais pas où je suis. J’ai pu comprendre que la pièce était très petite et que les parois étaient très froides. Il fait noir. Je suis là depuis longtemps mais le monsieur n’est toujours pas revenu me voir et me donner à manger. J’essaie bien sûr de sortir en grattant, mais je me fais mal sous les ongles. Je crois qu’ils saignent mais je ne les vois pas. J’ai froid et je commence à sentir la fatigue venir. Je me décide alors de me coucher le plus loin possible de la porte. Peut être qu’il ne me verra pas et qu’il partira.

A mon réveil, j’ai encore faim. Ma maman me donnait toujours un petit pain au lait avec une barre de chocolat au petit déjeuner. J’aimais bien ces petits pains, mais je n’en ai plus mangé depuis qu’elle est partie rejoindre mon grand-père. Lui, je ne l’aimais pas, car il tapait ma mamie. Pourtant, elle était gentille et me faisait toujours beaucoup de crêpes et même si je n’avais plus beaucoup de place dans mon ventre ! Je les mangeais pour lui faire plaisir. Elle avait une maman chat qui avait souvent des bébés. Je voulais toujours en prendre un pour moi, mais comme on déménageait souvent, on ne pouvait pas. Je ne sais pas comment je l’aurai appelé. Peut être Tarzan car les petits chats grimpent souvent aux rideaux. En plus, ma mamie, elle me disait toujours qu’elle m’enverrait les petits bébés chats par la poste mais ils n’arrivaient jamais. Je les oubliais. Je ne pense plus à rien, à part sortir. Puis, tout à coup, le grand monsieur revient. Il est toujours tout blanc, mais il a déjà beaucoup moins chaud. Je l’entends chantonner avec une toute petite voix quand il referme la porte. Quand elle est enfin close, il refait tout noir. J’ai de plus en plus peur et je me mets à crier. J’ai déjà crié dans ma vie, mais jamais comme ça. J’entends sa respiration courte et très forte. Il rigole, mais moi j’ai peur et mes jambes tremblent tellement que je me mets à tomber par terre. Je sens le mur froid mais je ne peux plus bouger. Je continue de crier, en espérant que l’on puisse m’entendre mais personne d’autre ne vient. Quand j’essaie de me calmer, j’entends le bruit d’un truc en bois qui glisse. Là, il me prend par les épaules et me soulève. Je ne sens plus le sol avec mes pieds tout nus. Il me pose, pas doucement du tout, sur une chaise, et m’attache les mains avec du scotch. A ce moment, j’ai encore plus peur. J’essai d’ouvrir grand les yeux pour voir où il est et je sens, je le sens, qu’il rôde autour de moi. Il me parle tout doucement avec une voix bizarre. Il me dit que tout est de ma faute, mais je n’ai rien fait. Je sais qu’une fois, j’ai mangé la part de gâteau d’une autre personne, mais il ne peut pas m’en vouloir pour ça. Peut être que si. Je sens tout à coup, une vague chaude et agréable entre mes jambes. Je me rends compte que je ne pouvais plus me retenir, comme on avait appris, et que je m’étais fait pipi dessus. Même si ça ne se voyait pas, je rougis. Ce sont les bébés qui se font pipi dessus. Ou les vieux comme dit souvent Marcel. Je sens ses mains sur mes épaules. J’essaie de m’en aller, mais le scotch me tire les poils du bras et me fait mal. Je crie encore et toujours, et comme pour vouloir me taire, il me met beaucoup de papier dans la bouche. Je veux le recracher parce que ce n’est pas bon et je ne peux plus crier. Il est bête ou quoi ?
Il marche toujours, et appuie sur un bouton, ou une chose qui fait du bruit. Là, la lumière s’allume. Je me rends compte que je n’avais pas dormi contre des murs, mais dans une pièce avec plein de boutons et de fils. Il me dit que je pourrais toujours crier, mais que personne ne m’entendrait. Il me dit aussi qu’on est dans la salle où les machines équilibrent le bateau. En effet, on voit des grosses machines qui bougent de gauche à droite. En fait, le mur froid était une porte en métal avec une affiche qui indique des ondes radioactives ou quelque chose comme ça. Il se moque de moi pour mon accident pipi. Il s’approche, très près de mon visage et je lui crache dessus. Je crois qu’il n’aime pas parce qu’il me donne trois gifles. Il se calme et me montre une petite paille en fer. Peut-être va-t-il enfin me donner à boire?
Puis, il sort une seringue, la pique dans un grand flacon de parfum et me rentre l’aiguille dans le doigt. Je ne peux pas me défendre car j’ai toujours mon scotch qui me fait mal. J’ai tout d’un coup comme un grand froid dans toute ma main. Il me sourit et me demande s’il me fait mal. Je lui dis que oui, même si ce n’est pas tout à fait vrai. Il me dit que tout est parfait. A ce moment, j’ai compris qu’il faisait exprès de me faire mal. Il enfonce la petite paille en fer, et je me débats car ça me fait tout d’un coup comme une brûlure. Je crie dans ma boule de papier qui est maintenant toute mouillée. Il y a du rouge qui coule de la paille en fer. C’est du sang. Je le sais parce qu’un jour, mon papa, il avait beaucoup de rouge sur la cuisse et maman disait au médecin qu’il perdait beaucoup de sang. Elle m’a dit que ce n’était pas grave, mais elle pleurait beaucoup, et je n’aimais pas ça. Mon sang coule de plus en plus vite. J’ai tellement faim… Il y avait une chose liquide que j’ai bue toute à l’heure mais elle me fait mal au ventre. Je crois qu’elle était transparente mais elle avait une drôle d’odeur. Ca ne sentait pas bon du tout. J’ai toujours faim et mon estomac fait des bruits bizarres. Lui, il est assis, là, et me regarde. Je ne veux pas qu’il me regarde, je veux qu’il me donne à manger. J’aimerais tellement manger les bonnes crêpes de ma mamie ! Il m’énerve à me regarder. Je le fusille du regard tout en me débattant.
Il met ses coudes sur ses genoux, ses doigt se croisent, les paument de ses mains se touchent, se posent sur son menton, et il soupire. Il me regarde méchamment. Là, c’est sûr, je ne l’aime pas. Enfin, il s’en va. Il éteint la lumière et ferme la porte. J’ai la tête qui tourne.

Toutes les grosses machines autour me moi résonnent dans ma tête. Je ne pense même plus à savoir comment je vais m’en sortir car je suis fatiguée et mes yeux sont tout flous. Les images commencent à se déformer devant moi. Soudain, j’entends comme un gros BOUM.
Il y a quelqu’un, c’est sûr. Peut être que c’est le méchant monsieur qui vient m’apporter à manger? Alors que je ne peux pas parler, ni bouger, je décide de tout faire pour me faire entendre. Ma tête tourne de plus en plus, et elle ne tient plus toute seule. Ma tige est toujours dans mon doigt, enfin, je crois. Le monsieur avait mis un seau dessous pour que mon sang coule dedans. Peut être que si j’arrive à le renverser, on me remarquerait. J’ai de la chance parce que je suis en face de la porte et c’est plus facile. A ce moment, je bouge tant bien que mal et j’entends le seau se renverser. Je ne sais pas si il est beaucoup rempli, mais j’aurais au moins essayé. Les gros boums continuent, puis s’arrêtent tout à coup. Si ça se trouve, il en avait marre de taper tout seul sur cette grosse machine, qui j’en suis sûre, ne comprend pas grand chose à ce qu’il peut lui demander. Je tente de garder la tête droite, mais je n’y arrive pas et tombe en avant. Je pense que je vais passer beaucoup de temps ici. Peut-être que je vais mourir là. Je reverrai enfin ma mère et je lui ferai un gros câlin. Elle sera contente que je lui fasse des câlins.

Dans mon sommeil, je vois un liseré de lumière qui m’éblouit. Je plie un peu plus les yeux parce que je n’ai pas vu le soleil depuis des heures, voire des jours. Je peux voir une ombre. La personne n’a pas l’air très jeune et elle semble avoir un gros bedon. Il reste là, et ne bouge pas. Il n’arrête pas de dire « OH mon dieu, oh mon dieu. » Il ouvre un peu plus la porte, et je ferme les yeux. J'entends qu’il me dit de me calmer, de ne pas avoir peur et qu’il allait me sauver. Sa voix tremble et semble pleurer. Il continue de parler et s’arrête net. Je sens qu’il touche ma chaîne. Il souffle comme quelqu'un qui est surpris. Il ne cesse de répéter « C’est donc toi, c’est pour ça que l’on t’a fait ça, Sacha… » Quand mes yeux se sont habitués à la lumière, je les ouvre un petit peu, et je vois un vieil homme barbu, avec plein de rides autour des yeux. Il sort son portable, et appelle les pompiers. Il enlève le scotch de ma bouche, ceux de mes mains. Il touche mes lèvres et me serre dans ces bras pour me réchauffer. Il voit plus tard la paille dans mon doigt et ne l’enlève pas. Il m’explique que de grands messieurs en rouge vont soigner mon doigt. On attend là, tous les deux et il me demande de me raconter comment je suis arrivée là. Je n’arrive pas à lui dire. Je lui ai juste parlé de ma mère, des histoires qu’elle me racontait quand j’étais petite. On peut entendre, malgré le bruit des machines les grands messieurs crier et les voir gesticuler dans tous les sens. Ils sont trois, bien habillés en rouge, mais ne sont pas très beaux. Le deuxième arrivé enlève ma paille, me met un bandage blanc et du « pschitt pschitt ». Il me transporte dans un lit rouge en plastique. Je pense alors que je ne verrai peut-être plus jamais ni mon Pépé, ni ma maman. Il me monte sur le pont du bateau. Il y a du vent, mais une couverture en aluminium jaune me protège. Tout le monde continue de me regarder de façon étrange.

On monte dans un hélicoptère qui est plutôt grand. Les pompiers me mettent plein de petites pastilles autocollantes sur mon torse, et ça me gêne parce que je n’aime pas que l’on voit mes nénés. Il y a une machine qui fait les mêmes bruits tout le temps. Bip…Bip… Bip…Bip. ..Bip …biiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiip. Au moment où le grand biiiip sonne, je m’endors dans un sommeil très profond.

Le lendemain, je me réveille et tout le monde est soulagé de me voir juste ouvrir les yeux. Marcel pleure et il semble content. Il est si joyeux que ça de me revoir ? Si ça se trouve, il ne m’a même pas cherchée… Ma poitrine me brûle beaucoup et je suis très fatiguée. Je demande à Marcel si papa était revenu, et il me dit qu’il était parti rendre visite aux anges, là-haut. Je lui demande aussi où on était, et il me répond que l’hélicoptère n’a pas pu décoller à cause du vent.

Il y a du raisin sur une table, mais je ne le mange pas. Je suis triste, triste de savoir que je ne mangerai plus de fruit avec lui, qu’il ne me lirait plus des histoires, et que je ne dormirai plus avec papa dans de toutes petites chambres sales et moches.

* * *


Voila, c’est à ce moment précis que mon enfance s’est arrêtée. L’histoire d’une fin, c’est celle de son enfance. Je connais bien cette histoire, car elle est mienne. Marcel est mort depuis, et il me manque. Il a su prendre le rôle de mon père, il a su me protéger et me lisait des histoires. Certes, il ne le faisait pas aussi bien que lui, mais il le faisait quand même.

Sacha L.

JB
2010 Ecrire avec, lire pour © droits réservés

Sacha (2)

C’était en été 1993, je venais d’avoir huit ans. Comme chaque été, mes parents et moi passions nos vacances sur un ferry. Deux longs mois entiers sur un bateau qui ne me plaisait guère et qui en plus me rendait malade étant donné que j’avais un peu le mal de mer. Je détestais rester dans cet endroit où il n’y avait rien à faire et m’ennuyer chaque jour un peu plus, tout ça parce qu’il n’y avait pas d’enfant de mon âge, juste des personnes qu’on est censé appeler adultes. Je dis « censé » car parfois la mentalité de certains devrait être remise en question.

J’étais une petite fille tout ce qu’il y a de plus normale. Taille et poids dans la moyenne, des parents gentils, de bonnes notes à l’école, des amis formidables… Pour huit ans j’étais très intelligente, je comprenais beaucoup de choses très vite, parfois même des choses qu’une petite fille de mon âge ne devrait pas savoir. J’étais très curieuse et possédait beaucoup de tact, aller vers les gens et leur parler ne me faisait pas peur, au contraire, je n’étais pas du tout comme qui dirait timide. Mes yeux étaient vert très clair, presque pomme. Mon visage un peu rond saupoudré de taches de rousseur faisait tout mon charme. Ma longue chevelure brune et épaisse attirait tous les regards. Les gens n’arrêtaient pas avec leurs « Sacha, que tu es belle », « Tes yeux sont magnifiques » ou encore « Plus tard, cette petite fera des jaloux ». J’étais fière de ces compliments et je savais les apprécier à leur juste valeur quand il le fallait.

Un certain samedi soir de juillet, je me promenais sur le pont désert. Quelques personnes me saluèrent quand elles passèrent pour aller rejoindre la grande salle où allait se dérouler le bal. Il était tard, peut-être dix heures. Mes parents n’avaient pas le temps de s’occuper de moi, ils avaient beaucoup de travail et j’étais toujours toute seule. La seule chose que j’aimais bien faire dans ce lieu, c’était m’asseoir sur un banc et regarder le soleil se coucher jusqu'à ce que les derniers rayons du jour soient remplacés par la douce lumière de la nuit. J’allais donc rejoindre mon banc favori lorsqu’un bruit étrange m’interpella. On aurait dit un cri étouffé. Je me dirigeai donc à pas lents et discrets vers le sous-sol d’où venait ce bruit qui m’avait intriguée. Le cri mystérieux reprit de plus belle mais plus longuement cette fois, il ne s’arrêtait plus. C’était comme une respiration qui cherchait de l’oxygène, qui ne respirait pas à intervalles réguliers comme le ferait une personne normale. Plus je me rapprochais, plus l’intensité du cri était élevé, je commençais à paniquer. Je me cachai derrière une longue et grosse corde enroulée et étalée par terre. Ce que je vis me glaça le sang. Ce n’était pas quelque chose qu’une petite fille de mon âge avait l’habitude de voir. Je faillis hurler de stupeur mais su retenir la rage qui cramponnait mes lèvres. Il y avait deux hommes. L’un d’eux étranglait l’autre avec une ceinture. Le pauvre homme à terre essayait de se débattre mais n’arrivait pas à s’arracher des griffes de l’autre monstre. Il suffoquait. Moi j’étais là, comme tétanisée, je ne savais que faire. J’étais comme absorbée par cette scène. J’aurais du partir, courir prévenir quelqu’un, mais je n’arrivais pas à bouger. L’homme était mort, et l’autre le balança par-dessus bord. Il eut un petit rire qui me fit frissonner de terreur. Je reculais doucement pour ne faire aucun bruit quand je marchai sur une petite ampoule de verre qui se brisa en faisant un bruit épouvantable. Le tueur n’eut pas le temps de se retourner vers moi que je m’étais déjà enfuie. Je ne pus voir son visage. Dorénavant, il faudrait que je fasse attention aux gens que je croiserais.

J’étais totalement terrorisée. Je ne savais que faire. Fallait-il que j’en parle à quelqu’un ou bien devais-je garder tout ça pour moi ? Je couru jusqu’à la salle de bal. Je cherchais mes parents dans cette salle qui me sembla tout à coup immense. Malgré mes huit ans, j’essayais de garder mon sang-froid et de rester forte. Après tout, le tueur ne m’avait pas vue. Mais l’idée qu’il y ait un meurtrier parmi nous m’effrayait au plus haut point.


J’essayais de passer au milieu de toute cette foule qui dansait. Tout le monde me disait « Sacha, ça va ? » ou encore « Que t’arrive-t-il ma puce ? ». Je me hâtais et passais sans répondre. Monsieur Bertrand, madame Martin, monsieur Leroy, madame Petit… Tous se préoccupaient de moi, et quelque part, ça me faisait plaisir. Mais à cet instant, je n’étais pas vraiment d’humeur à faire la fière.

Je me précipitai dans ma chambre et m’enfermai. Je me mis à pleurer. J’aurais voulu ne jamais avoir vu ce que j’avais vu. La tête dans l’oreiller, je réfléchissais à ce que j’allais dire ou faire. A cet instant je regardai mon poignet et une grosse boule m’envahit au fond de la gorge. La peur surgit tout à coup. Mon bracelet avec mon prénom gravé, il n’était plus là, je l’avais perdu. Sans doute s’était-il cassé quand je m’étais enfuie car je l’avais encore quand je regardais le coucher de soleil comme à mon habitude. Tout le monde sur ce bateau me connaissait ! Si le tueur tombait sur mon bracelet, j’étais prise au piège, il chercherait sûrement à me faire du mal.

Pendant plusieurs jours je ne sortis plus de ma chambre, je n’arrivais plus à manger, je dormais très peu. Je n’ai jamais donné d’explications à personne. Mes parents ont fait venir un médecin qui n’a su trouver la solution à mon mal-être. Tout était dans ma tête. Il n’y avait que moi pour me guérir. Il fallait que je vainque ma peur.

Au bout d’une semaine enfin, la situation commença à redevenir normale. Je sortis à nouveau. Personne n’avait eu écho de l’homme qui était mort. Sans doute était-ce un homme seul, ce qui aurait expliqué que personne ne se soit manifesté à propos de sa disparition. Je n’avais plus peur. Après tout, même si j’étais connue sur ce bateau, je ne devais pas être la seule à m’appeler Sacha.

Un jour, en fin d’après-midi, j’allais me détendre au bord de la piscine quand je tombai sur un homme qui me rappela vaguement quelque chose. Je ne savais plus où je l’avais déjà vu mais il m’était familier. J’étais tranquillement allongée sur mon transat quand je surpris une conversation qu’il avait avec quelqu’un au téléphone. Il chuchotait et je n’entendais pas vraiment ce qu’il disait mais je sentais que c’était quelque chose d’important. Une phrase ! Dans ses paroles je ne retins qu’une seule phrase, et elle ne faisait pas partie des paroles qu’une personne normale avait l’habitude de dire au quotidien… « Ca y est, il n’y aura plus de souci avec ce monsieur, j’ai fait mon travail. » Cela voulait tout dire. C’était lui qui été responsable de cette tragédie. C’était un homme d’une trentaine d’année. Brun, les cheveux courts, le regard noir. De taille moyenne. Je pense qu’il avait du essayerde s’habiller incognito mais sans succès à mon avis. Il avait l’apparence du tueur-né.

Je devais en savoir plus sur lui. A cet instant je pensais « Ma curiosité me perdra. » Je décidai donc de le suivre dans la plus grande discrétion. Il traversa la terrasse en jetant des regards à droite et à gauche pour vérifier qu’on ne le suivait pas. Il devait être un piètre détective, espion, tueur… où je ne sais quel autre individu, il n’avait même pas remarqué que je l’observais cachée derrière une plante verte. Il devait sans doute aller à sa cabine car il prit les escaliers pour rejoindre le pont supérieur. Derrière un poteau, j’observais le moindre de ses faits et gestes. Il était assis sur un banc et il regardait l’océan. Je tournai la tête un instant pour vérifier que personne n’arrivait dans les couloirs. Le temps que je pose à nouveau mon regard sur lui, il n’y avait plus personne sur le banc. Il s’était pourtant passé à peine trois secondes. Je sortis de ma cachette sur la pointe des pieds. Je m’arrêtai en plein milieu du couloir et regardai partout autour de moi. Personne. Trois secondes d’inattention et j’avais perdu sa trace. J’allais repartir quand tout à coup une main arrivant de nulle part m’agrippa les mains et une seconde munie d’une sorte de gant se posa sur ma bouche. Une odeur très forte se dégagea. Ma tête tourna. Je ne vis plus rien. Je m’évanouis.

Quand je me réveillais, j’étais sur la terrasse, il faisait nuit. J’étais sûre que mes parents ne s’étaient même pas rendu compte de ma disparition. Mes mains étaient liées. J’essayais de me relever mais j’avais encore la tête qui tournait. J’allais retourner dans ma chambre quand une voix dans mon dos me surprit :
« Bonsoir Sacha, comment vas-tu ?
- Je ne vous connais pas ! Pourquoi vous m’avez fait ça ?
- Je sais que tu as tout vu, j’ai retrouvé ton bracelet.
- Vous êtes immonde, vous avez tué un homme !
- Il avait des dettes envers mon patron et moi. Malheureusement… il ne pouvait pas les rembourser et donc, il fallait faire quelque chose.
- Espèce de monstre !
- Et donc, te rends-tu compte que tu es un témoin ma chère Sacha ? Tu n’as que huit ans, mais je sais que tu es très intelligente et donc je pense que tu pourrais faire une grosse bêtise si tu me dénonçais, et ça, ça serait trop grave. »
Il sortit une arme de son imperméable. Il me faisait peur, une certaine rage m’envahit. Je ne savais comment m’enfuir d’une telle situation. Je sentais que pour moi tout allait bientôt être fini. Je ne pouvais supporter ça davantage.
- Je vous en supplie, ne faites pas ça. Je suis encore petite. Je vous jure que je ne dirais rien !
- Peut-être, mais je ne voudrais pas prendre de risque. Tu es vraiment très mignonne ma petite Sacha et sans doute pourrais-tu être avocate, vétérinaire ou encore infirmière quand tu seras plus grande, malheureusement… je préfère ne pas prendre de risque. »
Je sentais que tout était fini. Je n’avais plus d’espoir, il me tenait dans ses filets. J’avais réussi à me mettre debout. Autant prendre un risque, plutôt que de mourir sans n’avoir rien pu faire. La rage circulait en moi, je me sentais plus forte que tout, je ne supportais pas qu’on s’en prenne à moi. Je tentai donc un dernier rebondissement dans cette fin qui allait s’avérer plus proche que jamais. Je me jetai sur cet homme dont je ne connaissais rien. J’essayais de le mordre, lui arracher son arme des mains en lui donnant des coups de pieds. Cet homme, pris de court, fit un geste qu’il n’avait pas forcément planifié car quand le coup partit, je vis dans ses yeux en tombant un certain affolement, de la tristesse et de la culpabilité, lui qui paraissait si fier un instant auparavant.

Je m’appelais Sacha, j’avais huit ans, et je suis morte assassinée une certaine nuit de juillet sans que personne n’entende rien.

LB
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Petite nature

C'était un matin d'été, un des plus beaux de ces mois ensoleillés : il pleuvait. L'eau perlait de ses gouttes les plantes vertes, l'herbe fraîche, et irriguait les végétations meurtries par le cruel soleil. Les chats se rentraient, miaulant de détresse, les chiens aboyaient, maudissant leur poil mouillé. Mais moi, j'étais là, sous la pluie, avec ma fidèle nature, assis sur un banc de marbre qui n'échappait pas non plus à cette douce et délicate attention du ciel. La pluie est une des rares choses qui vous donne un peu de solitude. Elle est élitiste : pleurer la chaleur si froide du soleil est tout simplement stupide. Nous vivons d'eau, pas de flammes. Il est si plaisant de voir tous ces gens superficiels se plaindre d'être sauvagement attaqués par l'eau dans laquelle ils se baignent chaque jour. Je restais là, main tendue pour me rapprocher encore plus de ce précieux liquide. Je restais las, éperdu devant ce magnifique spectacle. Je voyais des enfants courir à toute vitesse dans les rues pour regagner leur foyer. Des hommes costumés, parapluie et mallette en mains, allaient et venaient à toute vitesse. Et alors, que fallait-il que je fasse ? Que je quitte ce rare moment de délice, pour aller m'enfermer dans mon bureau ? Ou bien que j'aille chercher mes enfants à l'école, pour les empêcher d'y participer ?
Non, non et non. Je resterai là jusqu'à la dernière goutte.
C'est ainsi que je rentrais chez moi lorsque le jour commençait à se coucher. Ma femme me regardait d'un air sévère, donnant un de ces laits industriels à notre petit dernier. Les deux autres étaient rentrés de cours en voiture, à cause de ma voisine, hélas, qui les avait gentiment raccompagnés. Je fermais la porte doucement, et pour guise de bonsoir, ma femme me dit sèchement :
« Reste sur le tapis, tu vas mouiller le sol que je viens de laver avec tes fringues trempés. Il y en a qui travaillent, ici. »
Les enfants, venant de s'apercevoir de ma présence, vinrent se jeter dans mes bras - exclut le petit dernier, bien entendu -. C'était aussi un moment de délice, du moins si ma chère et tendre femme n'était pas venue les arracher de moi, pour ne pas qu'il aillent "dégueulasser la maison". Elle me jeta un drap de bain, et me dit d'aller me laver, avant que l'on ne passe à table. Je m'exécutais naturellement, et ce comme à chaque fois que j'y étais confronté. J'ai toujours été enfermé : et pour cause, la société. Je n'en veux pas à ma femme, elle a été éduquée par de vils modernistes. Moi-même d'ailleurs, je n'ai pu échapper aux longs éloges de la science et du progrès étant enfant. Ce qui explique que sans vraiment choisir, je me sois retrouvé enrôlé dans un travail des plus déplaisants. Une boîte d'informatique. J'y passe normalement une trentaine d'heures par semaine, devant un écran, entre quatre cloisons : quelle perte de temps. Vous l'aurez deviné, je suis un amoureux de nature, un rêveur, qui rêve d'évasion. Je vis mal dans mon époque, et rien ne semble y faire. Mes parents, ma femme, et un jour mes enfants. Malgré eux, en voulant me donner le meilleur, ne me faisaient porter que le pire. Je me regardais dans le miroir, sorti de la douche. "Réagis", me disais-je. Il y a forcément une solution pour échapper à tout ça. Et c'est là, qu'une illumination vint à moi : derrière moi, s'allumait une lumière, et une voix me dit :
« Tu comptes passer ta vie ici ? Viens manger, c'est prêt, et active-toi un peu. »
Ce n'était que ma femme. Je mettais un peignoir en souriant, puis me dirigeais vers la table, déjà mise, les plats déjà en place, et tout le monde déjà servi, sauf moi naturellement. Tant mieux, je ne mangeais pas de ce pain-là. Pizza, hamburger, et autres déchets du genre. Non, je préférais de loin quelques légumes récoltés de mes soins, cuisinés avec un peu de beurre, et une bonne côte de veau. Je me mettais à table, alors qu'ils avaient presque fini. Ma femme eut un sourire moqueur, comme à chaque fois qu'elle me voyait arriver avec une autre assiette. Cela m'agaçait, évidemment. Et ce depuis une dizaine d'années. D'ailleurs, je crois que si je n'avais pas d'enfants, j'irais vivre en Hermite dans une forêt. Ou bien dresseur de lion dans la savane ? Ah ah, trêve de plaisanteries.
Voilà des minutes que je suis seul à contempler mon assiette vide, et à finir mon verre de vin. Ma femme regarde la télévision - perte de temps de ma bouche, vous l'aurez deviné - et mes enfants sont couchés. Alors je me lève, et me dirige vers leur chambre respective. Je baise le front de mes deux garçons, dont le nourrisson, puis me dirige vers la chambre de mon unique fille, qui me demande de sa petite voix mignonne :
« Papa, pourquoi maman elle te crie tout le temps dessus ? »
Sa question me troubla quelque peu. Après un long soupir, et quelques minutes de réflexion, je lui répondis avec un sourire ironique :
« Parce que papa n'est qu'un bon à rien. »
Je lui baisais le front comme pour les deux autres, et je descendais les escaliers pour rejoindre ma femme. Mais arrivé en bas, et la voyant braquée sur sa télévision, je remontai et allai me coucher. Elle me rejoignit plus tard dans la nuit, et tira violemment la couette : tant mieux, le froid de l'atmosphère m'était plus chaud que son amour.
Le lendemain matin, vu que je m'étais fait passer pour malade hier, je n'allai pas non plus travailler.
Ma femme était déjà partie, je ne sais où et tant mieux. Il était temps que j'agisse, cette situation m'insupportait de plus en plus. Alors je descendais, mangeais un bout, puis, pour la première fois depuis longtemps, je sortai un numéro de téléphone de ma poche, me saisissai du combiné, et composai le numéro. Au bout de quelques sonneries, une voix masculine se fit entendre :
« Allo ? »
J'hésitai, puis, d'une voix certaine, je dis :
"Il est temps que l'on parle.
- Parlez, je vous écoute.
- Je prends conscience de nombreuses choses, depuis maintenant des années.
- C'est évident. On ne vous aurait pas donné ce numéro, si ce n'était pas le cas.
- Bien... Euh... Il y a-t-il une possibilité pour que nous nous rencontrions ?
- Chaque chose en son temps. Prenez soin de continuer vos prises de conscience."
Et il raccrocha. Je suis resté là, songeur, pendant de longues minutes. Puis au bout d'un moment, je décidai de sortir me promener dans la forêt, à quelques mètres de la maison. Le temps était toujours aussi agréable qu'hier, sans la pluie néanmoins. Le ciel gris, le froid. Que cela était délicieux. J'entendais déjà mes pas écraser les feuilles mouillées, dans la forêt d'un vert magnifique qui me faisait face.
Et c'est ainsi que quelques heures après, je rentrais à la maison suite à ma ballade. Et quelle ne fut pas ma surprise, que de voir une voiture noire garée devant celle-ci. Mon père. Quelle horreur. Quand qu'il venait dîner à la maison, ce n'était que pour appuyer ma femme dans ses reproches, et avoir l'illusion de me moraliser. Las de tout ça, je décidais de rebrousser chemin, et de déambuler dans les rues. Mais il était trop tard, ma femme guettait à la porte, et me vit. Alors je rentrais à la maison d'un pas lent. Mon père m'embrassa, comme à son habitude, et me convia à m'asseoir dans mon propre salon. Ma femme nous apporta quelques horreurs à grignoter, naturellement j'eus droit à un discours moralisateur sur les aliments, et sur le fait que je ne consomme que « de la bouffe pour animaux ». Je riais intérieurement, et me disait que mon gros cochon de père ferait peut-être bien de s'en servir une assiette de temps à autre, plutôt que de s'empiffrer de fast-foods. Il attaqua sur le travail, ma femme lui avait naturellement dit qu'il m'arrivait de temps à autres de m'absenter pour des motifs plus que douteux. Il me sermonna, insistant sur le fait que mon patron était une de ses relations, et que je devais lui faire honneur. Je faisais mine d'avoir compris. Tout était une vraie torture pour moi, j'étais épuisé, j'avais une énorme migraine. Et c'est là que mon père et ma femme firent une grande erreur. Ils commencèrent tous deux à vanter les mérites d'une grande famille, et à discuter d'un quatrième enfant. Alors d'un coup je me levai, et dis en hurlant :
« Un quatrième enfant ? Mais à quoi bon ? Pour en faire un pourri comme vous ? Un gros porc qui s'engraisse devant sa télévision, et qui va couper le moindre brin de plantation pour avoir une terrasse plate ? Un minable employé de bureau, qui y gâchera sa vie ? Je regrette déjà de t'avoir épousée. J'aime mes enfants, mais je les ai condamnés à un monde des plus atroces. Je regrette également de ne pas avoir eu la force de m'opposer à toi, papa ! Vous avez gâché ma vie. Et il est temps que cela cesse. »
Ils me regardèrent, le visage horrifié, comme si j'eus été fou. N'en restant pas là, je pris les clés de la voiture de mon père, puis sortis en disant un bref « J'vais prendre l'air ». Énervé, les larmes aux yeux, je conduisais sans vraiment savoir où aller. Et le simple fait d'utiliser une voiture me dégoutait. Je divaguais dans mes réflexions, pensais à tout, à toute ma vie. Et c'est là que se produisit la meilleure chose qui ne me soit arrivée au monde. La voiture en percuta une autre.
Je me retrouvais de nombreuses heures après sur un lit d'hôpital, plâtré au bras, et bien amoché au reste. Ma femme était à côté de moi, mon père également. Ils parlaient à voix basse, et cessèrent quand ils virent que j'étais réveillé. Elle prit la parole, en me prenant la main, en bonne hypocrite qu'elle était :
« Je me disais bien que tu disais n'importe quoi, que tu étais fou. On va te faire soigner mon amour, ce n'est sûrement que de la fatigue accumulée... J'ai vu ça dans un reportage à la télé, il y a quelques jours »
Je soupirais, reculant ma main, et elle baissa la tête, sa fierté blessée. Mon père me regarda, puis me dit d'un air solennel :
« Mon fils. Je crois que le meilleur pour toi, serait d'aller te reposer dans une clinique de soins psychiatriques. Tu es surmené, je peux le comprendre. En ressortant de là-bas, tu te sentiras beaucoup mieux. »
Et il sortit, tel un père dont l'amour propre était blessé, que de voir son fils futur détenu d'un hôpital pour malades mentaux. Ma femme le suivit, sans même m'adresser un regard. Avant qu'ils ne ferment la porte, je dis de la voix la plus forte que je pus, ce qui ne se limita qu'à un simple murmure :
« C'est vous, qui êtes fous ».
La société les avait corrompus. C'en était tragique, encore plus lorsque l'on imaginait que des milliards d'humains étaient dans le même cas. Je me demandais, combien comme moi s'en rendaient compte. Je me demandais, combien comme moi n'avaient été déclarés fou que par le simple fait de s'y opposer. Au fond, ils avaient gagné. D'ici quelques jours, je serai dans cet autre hôpital, prison de l'âme. Ils m'injecteront des produits, me drogueront de cachets. J'en ressortirai comme un américain européen, vivant de graisse industrielle, se nourrissant de télévision, et gâchant ainsi une vie. Ma vie. Ou plutôt à présent, leur vie.
Je pris alors le combiné qui était à côté de mon lit, venant de me souvenir du numéro que j'avais composé quelques temps auparavant. Et cette même voix masculine me répondit :
« Allo ?
- Allo, c'est moi, l'homme qui vous a appelé l'autre jour.
- Parlez, je vous écoute.
- Ils veulent me faire interner.
- Il n'y a pas grand chose d'autre à faire que de subir. Rappelez-moi quand vous en sortirez.
- C'est tout ? N'y a-t-il rien d'autre à faire ? »
Il raccrocha.

C'était un matin d'été, où le soleil resplendissait dans le ciel. Les rayons abreuvaient l'asphalte de chaleur, on imaginait les jets d'eau arroser les pelouses, et les jardiniers raser toute trace de végétation supérieure à quelques centimètres. Les chats et les chiens jouaient. Et moi, j'étais là. Mallette à la main, clefs de voiture dans l'autre. Mes enfants montaient à l'arrière, je les conduisais à l'école, puis me rendais ensuite à mon travail, fraichement récupéré. C'est un des rares endroits qui vous donne un peu de solitude. Qu'il serait stupide de gâcher son temps à flemmarder dans la nature, il y a bien mieux à faire. Je finissais ma journée de travail, bien banale. Je rentrais chez moi, embrassais ma femme, mes enfants, me mettais à table et savourais une délicieuse pizza, cuisinée avec soins par le supermarché du coin. J'allais ensuite, après avoir débarrassé, regarder la télé avec ma femme. Une série des plus idiotes, une gamine prise en otage sur un ferry. Que cela devient répétitif... Au loin dehors, le soleil disparaissait. La pluie commençait à tomber du ciel. Je la regardais pendant quelques secondes, puis, sortais de ma poche discrètement, sans que ma femme ne le voie, un numéro de téléphone. Je lui suggérais d'aller m'attendre en haut, pendant que je téléphonais à un collègue, afin qu'elle ne veille pas trop tard. Elle accepta avec joie, et monta. Moi, je m'approchais du téléphone. Je composais le numéro écrit encore sur ce même papier sorti de ma poche, hésitant, et j'attendais... Puis, au bout de quelques sonneries :
« Allo ?
- Je suis sorti. Il est temps.
- Que voulez-vous exactement ?
- Je vous avais téléphoné à deux reprises déjà, il y a un an.
- Monsieur, c'est impossible, la ligne n'est active que depuis quelques mois. Je crois que vous avez fait une erreur, bonne nuit, et navré.
- Attendez, attendez ! Ce n'est pas possible !
- C'est bien là ce que je m'efforce de vous dire, monsieur.
- Mais qui êtes vous ? Passez moi votre chef.
- Ecoutez, il n'est pas l'heure de blaguer. Alors pour la dernière fois je vais vous souhaiter une bonne nuit. Au revoir monsieur. »
J'étais là, raccrochant doucement le combiné, bouche ouverte, regard vide. J'étais las, je m'évanouis. Un papier vierge tomba de ma poche.

RT
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Sacha Lenoir

Le ferry venait de s’éloigner de l’agitation du port, laissant sur la côte la nuée sombre des journalistes qui s’étaient agglutinées pour immortaliser le départ de Sacha. Celle-ci, accoudée sur la rambarde, fixait la terre qui diminuait progressivement, inconsciente des nombreux regards que les passagers posaient sur elle. Elle était habituée à ce que tout le monde se retourne sur son passage en la montrant du doigt, cela faisait partie d’une journée type chez Sacha Lenoir. Heureusement personne ne viendrait l’importuner, la présence de ses parents et celle, plus intimidante, du garde du corps, devait y être pour quelque chose.

Après le déjeuner, la petite fille déambula sur le bateau suivie discrètement par le garde du corps. Sur un siège situé face à une grande baie vitrée, un vieil homme regardait l’étendue azur. La fillette s’assit à côté de lui et imita son occupation, mais s’ennuya au bout de quelques minutes. Elle communiqua son impatience à grands renforts de soupirs, l’homme ne réagit pas. Alors elle lui demanda :
- Comment vous faites pour ne pas vous ennuyer ?
- Parce qu'observer la mer m’aide à me détendre, je laisse mes pensées s’ordonner pour qu’à la fin elles finissent comme cette eau : calme et tranquille, répondit son aîné.
- J’ai déjà essayé, mais je ne supporte pas d’être assise sans bouger il faut que je sois active, expliqua-t-elle.
- C’est normal, à ton âge tu as besoin de dépenser ton énergie.
- Pourtant les médias on dit que j’étais déjà très mûre pour mon âge, affirma la fillette avec fierté.
- Comment les journalistes peuvent-ils parler d’une aussi petite fille ? s’étonna le vieil homme.
- Vous n’avez jamais entendu mon prénom à la télé ou dans les journaux ? s’exclama-t-elle, médusée.
- Je regarde rarement la télévision et je doute que les sujets que je lis dans la presse écrite mentionnent une petite fille, argumenta le vieillard.
- Et bien je me présente : Sacha Lenoir, dit-elle avec un grand sourire.

Celle-ci s’attendit à une réaction enthousiaste et à une demande immédiate d’autographe. Mais s’il avait reconnu son célèbre minois, il n’en montra rien :
- Navré petite, mais ton patronyme m’est inconnu, répondit l’homme.
- Vous ne voulez pas connaître mon histoire ? proposa Sacha.
- Ah quoi bon ? Considérant ton jeune âge la raison qui t’a fait devenir célèbre doit être tout aussi courte. De plus connaître tous les détails croustillants de ta vie ne changera pas la mienne, contra l’homme âgé.

Vexée de ce manque d’attention, Sacha s’en alla la tête haute.
- Un conseil petite fille, commence un peu à vivre pour toi et non à faire vivre les autres grâce à ta célébrité, retentit pour la dernière fois, la voix du vieil homme.

Si la jeune fille l’entendit, elle n’en laissa rien paraître. Elle continua son chemin, mais ne pus s’empêcher de réfléchir aux paroles de ce vieillard qu’elle ne reverrait certainement jamais. De retour auprès de ses parents, ils s’empressèrent de l’informer sur le programme qui l’attendait mais elle les arrêta en leur indiquant clairement qu’elle passerait sa journée à s’amuser et non en rendez-vous promotionnels. Il y eut des protestations qui se turent devant la mine angélique de Sacha. Celle-ci se tourna alors vers les falaises qui venaient d’apparaître et le rugissement triomphal du bateau retentit dans l’air.

RB
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Souvenirs


Je vis une vie pénible. Je passe mes journées à regarder la télé. Je ne peux rien faire d'autre de toute façon. Manon est une jeune femme qui vient tous les jours pour m'aider à me laver et à manger. Elle se dit « assistante de vie ». J'en ai un peu ras-le-bol de la vie. Les jours s'enchaînent et se ressemblent. Personne ne vient me rendre visite, je n'ai ni ami ni fils. Il y avait mon mari, le seul homme que j'ai aimé toute ma vie. Il est parti il y a deux ans, il me manque. Parfois, j'ai envie de le rejoindre rien que pour être dans ses bras, pour lui parler. Manon voit que ma joie de vivre n'est plus présente. Elle me raconte que dans ses moments de solitude, elle écrit. Écrire, mais quoi ? Il est vingt-deux heures. Je prends une feuille et un stylo. Je m'installe confortablement devant mon bureau. Je n'ai aucune inspiration. Cela fait maintenant une demi-heure que ma feuille est toujours vierge. Je regarde ma fenêtre qui a vue sur un vieux port. J'aperçois un énorme ferry qui s'apprête à embarquer une foule gigantesque. Cela me rappelle ma jeunesse. Je prends mon stylo et je me mets à écrire.

J'avais huit ans. Mon père avait gagné un magnifique voyage sur un ferry. Je me rappelle de ce moment comme si c'était hier. Ma mère était tellement joyeuse qu'elle avait déjà commencé à faire les valises. Je n'étais jamais partie. Je ne connaissais pas la signification du mot « voyage ». On devait s'en aller trois jours plus tard. Pendant ce temps, mes parents n'ont jamais été si heureux. Ils passaient leur vie à s'embrasser et discutaient sans cesse du voyage. Le 4 Aout 1934, ce fut le grand départ. Il y avait une foule incroyable qui s'apprêtait à embarquer sur le ferry. Je contemplais cette énorme bateau, je n'avais jamais vu quelque chose d'aussi grand.

On était enfin sur ce ferry. Je voyais sans cesse mes parents saluer des personnes, comme s'ils connaissaient tous le monde. Un homme nous présenta notre cabine. Elle était splendide. Je me rappelle surtout du jacuzzi que nous avions dans la salle de bain, j'aimais y passer du temps. Quatre jours après notre embarcation, mes parents m'ont enfin autorisée à me promener seule sur le ferry. Je marchais lentement pour admirer autour de moi une magnifique vue sur la mer. Beaucoup de gens que je croisais me regardaient avec un grand sourire comme s'il me connaissaient moi aussi. Quelqu'un m'appela. Je me retournai, j'aperçus ce jeune garçon, une grande crainte monta en moi, je ne le connaissais pas. Je lui demandai comment il connaissait mon nom. Il me répondit : « Mais Sacha, tout le monde te connaît ici » Ma crainte devenait de plus en plus grande. Je ne le regardais plus de la même façon, j'avais peur de lui. Je partis en courant rejoindre la cabine. Sur le chemin, des hommes m'appelèrent mais je ne leur répondis pas. Arrivant à notre cabine, je courus jusqu'à ma chambre, et me réfugiai dans mes draps. Ma mère me demanda : « Qu'est-ce qui t'arrive Sacha ?
- Maman, des hommes m'ont appelée, mais je ne les connais pas, j'ai peur maman. Un garçon m'a même dit que tout le monde me connaissait.
- Ce n'est rien Sacha, moi aussi tout le monde me connaît. Au début c'est difficile, mais tu t'y habitueras.
- Mais maman … »
J'étais complètement effarée. Depuis ce jour, j'ai peur.
Aujourd'hui j'ai soixante-seize ans et je ne sais toujours pas pourquoi. Je ne le saurai jamais.

CC
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Schyzoboy

Sur un bateau, on avance vraiment lentement. Surtout quand on a quelque chose qui se balade dans la tête, sans qu'on sache pourquoi.
On voit en priorité ce qu'on reconnaît. Le comptable de la banque du quartier qui pèse le pour et le contre avant de sauter dans l'eau glaciale. Ou alors, la mère des sept gosses qui n'arrêtent pas de courir partout. Je les reconnais tous, ceux-là. Mais ils n'ont rien à voir avec cette gamine de huit ans.
Elle n'avait rien de particulier, si ce n'était qu'elle ne cessait de me hanter. Les gens autour de cette fille semblaient oublier leurs occupations et leurs problèmes, pour se concentrer uniquement sur elle.
Le soir, tous les passagers prenaient leur repas, dans une salle commune à tous. Les plateaux-repas micro-ondés n'avaient déjà que peu de goût. Mais après que Sacha, le diable lui-même, s'est installée en face de moi, encadrée par ses parents, le steak-frites avait un goût de cendre, et le vin devenait de la flotte.

Au bout de quelques heures, je remarquai que je n'étais pas seul. Je pouvais même dire que tout le bateau en souffrait. Une fille normale, des parents normaux, sur un bateau normal. Et pourtant, tout le monde la reconnaissait.
La première chose que je ferai, quand je descendrai de cette coquille flottante, pour rejoindre mon appartement trop grand pour moi, c'est taper son nom sur Internet.

A minuit, la gamine dormait, son père buvait une bière et sa mère, une tisane. Je n'aime pas les tisanes. Le soulagement vînt quand je me rendis compte que c'était terminé pour ce soir. Sauf que l'angoisse arrive comme une mouche sur un gâteau quand je sais que demain, la torture va recommencer.

Quand on ne dort pas assez, on a des hallucinations. Je n'ai pas dormi de la nuit. La déduction est rapide et simple...

Sacha était partout. Les gens commençaient à s'écarter sur son passage, mais ni les parents, ni la fille n'avaient de réaction. J'essayais de ne pas la regarder, de penser à autre chose. Sauf qu'une fois qu'un souvenir est imprimé dans votre tête, impossible de s'en défaire. C'est encore pire quand ce souvenir est vivant.
Alors je me suis efforcé de me persuader qu'elle n'existait pas. C'était une erreur. Non... Un énorme boulette. Plus je me répétais « Elle n'existe pas. Ce n'est qu'une idée », plus elle apparaissait dans mon champ de vision, se rapprochant à chaque fois un peu plus de moi. Je voyais du défi dans son regard. Quand je dormais un peu, je me réveillais car je frappais dans le mur, persuadé que Sacha avait osé rentrer dans ma chambre.

J'ai fini par laisser tomber. J'ai oublié que j'étais, comme tout le monde, obnubilé par Sacha Lenoir. Je l'ai traitée comme on traite une gamine de huit ans : « Bonjour, Bonsoir . Tu veux une crêpe ? Garde la monnaie. »
Ça a marché. Miraculeux, n'est-ce pas ? Je m'en serais tout de même bien passé, de cette foutue traversée.
Je ne faisais plus attention à tous ses gestes. Je passais du chat qui guette sa proie au paresseux qui n'en à rien faire du reste du monde. J'ai oublié jusqu'à son nom. Elle n'était plus le centre de ma vision. Pendant plusieurs heures, elle ne fit d'ailleurs aucune apparition.

Après débarquement, j'ai tout compris. Enfin soulagé de ne plus avoir l'esprit occupé par le visage d'une gamine dont je n'avais rien à faire, je suis rentré chez moi, ai mangé de la vraie nourriture qui n'avait pas le goût de cendre, et j'ai ensuite pris mon netbook et je suis allé boire un verre dans un cybercafé. J'ai tapé son nom sur le moteur de recherche que tout le monde connaît, et je n'ai rien trouvé. J'ai bu un whisky cul-sec et j'ai entrevu la raison de cette histoire.

IF
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Sacha

Sacha descend les marches du pont, la tête haute, son petit buste bien droit. Du haut de ses huit ans, elle domine tous les passagers du ferry. Ils ne sont qu’ordinaires, elle est bien plus que cela. Elle est une star, adulée de tous. En un claquement de doigts, elle obtient tout ce qu’elle désire, tantôt un soda, tantôt un petit gâteau… Elle s’avance jusqu'à la rambarde annonçant la fin du pont, ou plus exactement de l’espace réservé aux voyageurs. Elle aimerait bien refaire cette scène culte du film Titanic. Seulement seule sur un vrai bateau du XXIe siècle, cela perd tout son intérêt. Surtout que la vue n’a aucun charme : une mer plate, un ciel bleu sans aucune nuance et d’énormes bites d’amarrage grises sur le pont inférieur… vraiment rien de magique… Il faudra bien s’en contenter. Elle fait demi-tour et revient sur ses pas. Soudain elle entend crier son nom, elle se retourne, en se demandant qui est encore cette personne qui connaît son nom, un fan ? Non, ce ne sont que ses parents qui la cherchent, inquiets de ne pas la trouver dans la chambre. Et ce, depuis un long moment et l’heure du dîner approche. Ils s’étonnent de la retrouver sur le pont, se tenant droite en marchant comme si elle était une célébrité. Elle court vers eux, se jette dans les bras de sa mère en lui disant : « Maman ! Maman ! Tu as vu, je suis une star ! » Celle-ci acquiesce. Elle avait eu le temps d’apercevoir les courbettes de certains matelots jouant le jeu. Son père lui demande si la prestance qu’elle avait sur le pont avait un lien avec la question qu’elle leur avait posée tout à l’heure.

Elle leur explique donc toute l’histoire… Cela avait commencé le matin même… Son père ayant eu un imprévu, quelque chose qui n’allait pas avec son travail , il était donc d’une humeur massacrante. Sacha était allée se plaindre à sa mère, lui disant qu’elle s’ennuyait, lui disant qu’elle voulait aller se promener. Sa mère lui promit qu’elles iraient toute les deux, mais pas tout de suite, car elle devait aider son mari, puisqu’ils travaillaient ensemble. Une heure plus tard, elles partirent. Elles allèrent se balader, acheter des glaces, des souvenirs… Sur le chemin Sacha s’était rendue compte de quelque chose d’étrange. Tout le monde semblait connaître son nom. Un matelot qui, en lui disant bonjour, l’avait appelée par son prénom. Ou encore le marchand de glace, qui en lui tendant son cornet, lui avait dit : « Tiens Sacha !» D’ailleurs tout le monde la regardait en souriant… Plus tard, le père de Sacha les avait rejointes pour manger, après quoi ils étaient retournés à leur cabine. Sacha toujours aussi intriguée, avait demandé à ses parents pourquoi tout le monde la connaissait. Sa mère lui avait répondu que c’était une longue histoire et qu’ils n’auraient pas le temps de lui expliquer tout de suite. Elle lui dit d’aller jouer près de son lit. Celui-ci était près de la porte et Sacha n’avait pas vraiment envie de rester enfermée. Elle décida donc de sortir en douce, ce qui fut très simple puisque la porte était plutôt silencieuse et que ses parents étaient complètement absorbés par l’écran de leur ordinateur portable. Une fois dehors, Sacha flâna sur le pont. Le capitaine qui faisait sa ronde, la croisa. Encore un fois, il l’appela par son prénom et il lui demanda ce qu’elle faisait toute seule. Elle lui répondit et en profita pour lui demander :
« Monsieur, pourquoi tout le monde sait comment je m’appelle ? » « Mais parce que tout le monde te connaît… » Sur ces mots, il partit. La pauvre Sacha resta plantée là. Comme elle s’ennuyait toute seule, elle alla sur le pont. Elle avait donc décidé de jouer de sa célébrité. Cela lui permettait d’avoir moins peur et de s’occuper.

Son récit étant terminé ses parents décidèrent qu’il était largement temps d’aller manger. Une fois le repas terminé, ils retournèrent à leur cabine. Lorsque Sacha fut couchée, celle ci leur reposa la question : « Pourquoi tout le monde me connaît ? » Cette fois ils répondirent…
« Tout a commencé l’année de tes deux ans… »

AF et GQ
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Remember, Sacha...

17 Juin 1992. Je me suis levée à l'aube en même temps que le soleil. Je séjourne pour quelques semaines à Nice , ville où j'ai passé la plupart de mes vacances d'enfance. Je bois mon thé sur ma terrasse en profitant des premiers rayons du soleil et de la vue panoramique sur le vieux port de Nice. Ma vie n'a jamais été aussi paisible que maintenant, je profite pleinement de ma soixante-seizième année. J'ai tout accompli au cours de ma vie , j'ai eu un bon travail ce qui me permet de payer le loyer de ma maison de vacances. Je pense avoir accompli mon rôle de mère convenablement malgré la perte de mon mari il y à deux ans, je suis heureuse et accomplie. Les marins partent à la pêche et d'autres trient déjà leurs poissons frais. Dans les yatchs tout le monde dort encore. Le trafic, lui, commence à être dense. Au loin il y a un ferry « Corsica ferry » le ferry qui mène jusqu'à la Corse.

C'était lors de mes huit ans, alors que je devais prendre le ferry pour me rendre en vacances en Corse. Déjà quand je suis montée sur le bateau tout le monde se retournait sur mon passage où me souriait. Fière de moi alors je me redressais et marchais droit en me disant que j'avais bien fait de mettre ma robe préférée, rose à volants. C'est le capitaine qui m'accueillit lui même sur le pont en me disant « Bienvenue à bord du Charlotte, Sacha, j'espère qu'il te plaira. » A ce moment-là je ne me posais pas encore de questions sur le fait qu'il connaissait mon prénom. J'avançai sur le pont épatée par la hauteur du ferry et son immensité. Une fois arrivée dans ma cabine je remarquai sur la table un gros bouquet , je m'en suis approché et sur une carte qui l'accompagnait était marqué
« Pour Sacha ».
Qui m'envoyait ces fleurs ? Pourquoi ? Comment connaissait-on mon prénom ? Puis sur mon lit il y avait un ours en peluche sur lequel était brodé en lettres d'or « SACHA ». Du haut de mes huit ans je commençais à me poser des questions. Ma mère est venue me voir pour savoir si tout allait bien, je lui expliquai donc que je trouvais cela étrange, mais elle me rassura en m'expliquant que cela était normal et son sourire protecteur me fit tout oublier. Je déambulai sur le bateau avec mes grands yeux ébahis de petite fille. Je regardai les hommes et les femmes qui passaient en ayant toujours toujours un petit sourire pour moi , un petit bonjour de la main ou alors un « Bonjour Sacha « , comme s'ils me connaissaient. Ce qui m'étonnait et me ravissait en même temps, quoi de plus beau pour une fillette de huit ans que de reçevoir des sourires de tout le monde? Je continuais mon chemin en sautillant, faisant rebondir mes boucles blondes, je traversai un couloir. Un grand homme aux cheveux noir de jais était posté près de la porte d'une chambre et me fixait du regard. Je m'arrêtai devant lui et lui murmurai un « bonjour » assorti d'un sourire timide. Il ne me répondit pas, je souris un peu plus, espérant lui arracher à lui aussi un sourire. Il ne réagit toujours pas, ses yeux étaient toujours posés sur moi en une expression étrange. Il commençait à m'inquiéter et je décidai de partir. Tout le long du couloir je sentis son regard brûlant dans mon dos. Un fois arrivée de l'autre côté du bateau je me dirigeai vers la salle de jeux. Sur le chemin une vieille dame me salua et me proposa un bonbon. Je refusai poliment en faisant non de la tête. J'entrai dans la salle de jeux où il y avait une dizaines d'enfants de mon âge. Dont trois filles qui avaient des Barbies, jouaient à des jeux divers. Une fille qui tenait une Barbie en tenue de princesse, se retourna vers moi, parut me reconnaître et me dit « Hé! Sacha , tu viens jouer avec nous ? » Je n'avais qu'une envie, aller voir ma mère et rester dans ses bras. Je courai vers elle, sautai sur ses genoux, enfouis ma tête dans le creux de son épaule et lui demandai d'une voix d'où pointaient des sanglots: « Maman, pourquoi tous les gens ils me connaissent ?
»Elle me regarda quelques secondes, interloquée, puis éclata de rire.
« Mais enfin ma chérie, me dit elle, ici il n'y a que moi et ton père qui te connaissons :
− Mais si maman, je te jure, ils me parlent même !
− Si tu le dis mon cœur. Allez, va te reposer tu as l'air fatiguée. »
De toute évidence elle ne me croyait pas. Je ronchonnai un peu et me mis dans le siège à côté. Je fermai les yeux et repensai à l'homme aux cheveux noirs et au regard étrange, lui aussi avait semblé me connaître. Je finis le voyage dans un demi-sommeil et ne reparlai jamais à ma mère de cette histoire. Elle m'effrayait trop.

Au moment où j'écris je n'ai toujours pas résolu ce mystère, je ne sais toujours pourquoi toutes ces personnes me connaissaient. Mais je ne m'en préoccupe plus. La rue devient très agitée. Je vais arrêter d'écrire et aller faire mes courses au marché, puis j'irai boire un café avec mes amies.

JN
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Réalité ou amnésie ?

Dans l’année de décembre 1977, une petite fille de huit ans, nommée Sacha Lenoir part en direction de Londres à bord d’un ferry avec ses parents. Sacha est blonde, ses yeux de couleur bleu foncé rappellent la profondeur des fonds marins, elle est plutôt solitaire et n’est guère sociable sûrement à cause des cauchemars perpétuels qui hantent ses nuits. Madame Lenoir a un physique mince et agréable mais ses yeux sont fatigués en raison des nuits blanches qu’elle passe à rassurer sa petite Sacha. Monsieur Lenoir, lui est grand, brun avec une certaine prestance. Dès leur arrivée, les passagers regardent les Lenoir d’un air inquiétant et d’une façon persistante mais la famille, très fatiguée, ne prête pas attention à leurs observations et vont déposer leurs bagages et se reposer avant le dîner.

C’est alors, que plus tard dans la soirée les parents remarquent le regard des autres personnes sur leur fille. Un homme sort du restaurant en disant : "Au revoir Sacha." La petite fille se retourne vers ses parents en leur demandant comment il peut connaître son prénom mais ils ne savent quoi répondre. Sacha a un peu peur de ce ferry, elle se sent mal à l’aise depuis son arrivée sur celui-ci, probablement en raison de son état car il est vieux et on dirait qu’il pourrait faire naufrage. La coque a des trous de la taille d’une balle de golf, des tonnes de fissures et la peinture était passée du bleu marine au vert. Quant à l’intérieur du ferry, il règne dans l’obscurité, la moisissure est apparente sur les murs et l’odeur y est désagréable. Les passagers sont d’un milieu social moyen voire pauvre car en vue de l’épave qui les amène à Londres, ils n’ont pas dû payer bien cher .

Après avoir mangé de la nourriture médiocre, la famille se couche en espérant ne pas attraper une intoxication alimentaire. Sacha passe une mauvaise nuit. Ce soir-là, elle entend des pas et voit le vieil homme qui lui avait dit "au revoir" plus tôt au dîner, assis à coté de son lit, Il se penche près de son oreille et lui chuchote :"C’est de ta faute, tu dois payer." La petite fille crie, madame Lenoir accourt et prend sa fille dans ses bras. Quand celle-ci rouvre les yeux, l’homme a disparu. La mère, Élisabeth, lui demande la raison de sa frayeur. Sacha lui dit qu’elle a vu un homme et qu’il lui a parlé, alors, le père va vers la porte et l’enclenche pour savoir si quelqu’un a pu entrer pendant leur sommeil. Mais la porte est fermée à clef. Le père lui explique que ce n’est qu’un cauchemar et qu’elle doit se rendormir. Les larmes de Sacha commencent à couler lorsque sa mère rejoint son lit, donc elle revient et reste près de sa fille, le temps qu’elle s’endorme.

Le lendemain, la famille Lenoir retourne au restaurant pour prendre le petit-déjeuner et on leur sert des croissants, du café et un chocolat chaud pour Sacha. Quand le serveur arrive, il regarde la petite fille d’un air menaçant, il prononce son prénom dans un murmure, elle seule entend. Sacha prend peur et va sur les genoux de sa mère. Après qu’elle a fini de déjeuner, la petite fille va jouer sur le pont. Quelque minutes plus tard d’autres enfants arrivent, la poussent et la mordent en lui disant qu’elle ne mérite pas d'être en vie. Élisabeth entend des cris et sort à toute allure pour secourir sa fille mais les autres enfants sont déjà partis. Sacha pleure en essayant d’expliquer à sa mère ce qui s’est passé. Madame Lenoir est folle de rage, elle ne supporte pas que l’on fasse du mal à sa petite Sacha et elle crie :"Si vous avez des chiens, il faut les tenir en laisse". Élisabeth rassure sa fille en lui susurrant que le lendemain, ils arriveront à destination et qu’ils ne les reverront jamais. Les Lenoir rentrent tôt du restaurant et les parents s’endorment dans les minutes qui suivent mais Sacha n’arrive pas à trouver se sommeil et décide de sortir sur le pont pour admirer la mer une dernière fois de nuit.

Au matin, Élisabeth se réveille la première, elle est de bonne humeur, heureuse de quitter ce ferry avec tous ces gens étranges. Elle va près du lit de sa fille pour la réveiller mais ne trouve personne, elle l'appelle mais n’obtient pas de réponse. Elle se précipite dehors et crie le nom de sa fille et elle a la surprise de voir que les passagers sont partis et que d’autres les ont remplacés.
Elle hurle de toutes ses forces, les nouveaux passagers se retournent sur elle. Son mari la rejoint et elle fond en larmes dans ses bras. La petite Sacha reste introuvable malgré les recherches de ses parents.

LC
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Paranoïa

Je ne sais pas pourquoi j’étais là mais en tous cas, je sais que je manquerais à mes amis. Moi, Sacha, huit ans, blonde, les yeux bleus avec un style émo. Dans ma vie, il y a qu’une seule chose que j’aime faire, qui me passionne, c’est : écrire ce que je ressens, écrire des poèmes. Mes parents sont tombés sur mon blog et maintenant ils veulent m’envoyer dans un centre pour jeunes suicidaires en Angleterre, dans le nord de celle-ci, parce qu’ils ont peur de ce que je pourrais faire. Il y a un gros problème si je vais en Angleterre, c’est que je ne verrais plus mes amis car le séjour dure environ trois ou quatre mois donc on sera déjà en vacances d’été lorsque je rentrerai. Mais, d’un autre côté, si je n’y vais pas mes parents vont être sur mon dos scrutant mes moindres faits et gestes, je ne pourrai jamais être tranquille.

Jeudi huit avril 2010, c’est le jour où je dois partir pour l’Angleterre. Je stresse à l’idée de ne plus revoir mes amis. En arrivant au port , je vois quatre anciennes amies : Lola, Marie-Jeanne, Stéphane et Charlotte. Il y avait aussi Amélie, une des organisatrices et notre tutrice à toutes les cinq que nous allons avoir pendant ce séjour. On doit prendre un ferry nommé Vampire. Je regarde le nom du bateau et je le trouve très étrange, surtout ce nom quand on adore les images de sang des vampires, c’est drôle ! J’observe autour de moi et je remarque qu’il y a quelque chose de bizarre au moment d’embarquer. En effet, sur le ferry, tous les passagers nous regardent avec insistance. Je ne sais pas s’ils regardent le groupe en entier ou une de nous. Je décide de laisser ces personnes qui nous observent bizarrement. Je m’isole dans un coin du bateau et je commence à écrire mon premier poème de ce voyage. Je l’ai appelé « Du malheur au bonheur ». Brusquement, une petite fille m’arrête pendant que je suis en train d’écrire.
«- Bonjour Sacha !
- Comment tu me connais ? Qui es-tu ? ? ?
- C’est mes parents qui m’on dit que je pourrais te voir sur le ferry. Et je m’appelle Emilie.
- Pourquoi tu aurais pu me voir ? Je ne suis qu’une « enfant » comme toi.
- Je ne sais pas. Tu as peut-être quelque chose d’exceptionnel que nous les enfants on n’a pas.
- Bah… non je n’ai rien d’exceptionnel. Je suis moi. J’aimerais bien savoir pourquoi tout le monde me connaît, me regarde et parle derrière mon dos.
- Il faut leurs demander car je ne sais rien.
- Tu fais quoi Emilie ?
- Je joue à cache-cache avec mes parents. C’est trop amusant, ils me cherchent partout depuis plus de deux heures !
- Tes parents savent que tu joues, s’ils te cherchent sans jouer, ils peuvent avoir peur de t’avoir perdue. Allez, viens, tu pourrais te perdre seule sur ce grand ferry. Comment ils sont tes parents ?
- Ma mère est blonde avec un jean bleu et un tee-shirt blanc et bleu comme les marins et elle porte un gilet noir.
- Et ton père ?
- Il est brun avec un jean bleu et un tee-shirt marron. »

On va chercher ses parents toutes les deux en commençant par le pont supérieur mais je remarque encore une fois que les passagers regardent dans notre direction. Je comprends à ce moment là que ce n’est pas le groupe mais moi qu’ils observent. Ça me stresse, je ne sais pas pourquoi, mais ça me stresse quand on me regarde. Je n’ai rien fait de bizarre encore moins, quelque chose d’extraordinaire. J’entends des personnes murmurer des paroles : « C’est elle, la fille regarde ! ! ! » ou « Tu crois que c’est elle cette adolescente ? » ou même, j’entends « Cette fille me glace le sang, comment elle a pu faire ça, elle ferait mieux d’être enfermée ! ! ! » Tous ces murmures m’énervent. Je décide de continuer à chercher les parents de la petite Emilie. Nous marchons, nous marchons ensemble et elle me dit :
« - Sacha, tu faisais quoi tout à l’heure ?
- J’écrivais un poème.
- J’adore les poèmes mais surtout les écouter. Tu peux me le lire, s’il te plaît.
- D’accord, assieds-toi sur le banc. »
Je lui lis le poème. Elle écoute jusqu’au dernier vers. Emilie me dit à la fin qu’elle adore.
« - C’est trop beau ! Tu devrais devenir écrivain, écrire toute ta vie. »
Quelques minutes plus tard, on retrouve les parents de la petite fille.

En même temps, je rejoins également Lola, Marie-Jeanne, Stéphanie et Charlotte il est maintenant l’heure de retrouver Amélie pour aller manger. À peine rentrées dans la salle à manger du bateau, nous commençons à entendre des personnes qui murmurent tout en nous fixant. Toutes les six, on décide de partir d’ici, partir de ce ferry, partir de ce monde. On a eu de la chance, Amélie ne nous a pas vues nous en aller. On veut en finir, on a sauté de tout en haut et on a atterri dans l’eau. Nous sommes passées du malheur au bonheur.

Le lendemain, on pouvait voir dans les journaux : « Hier, sur le ferry Vampire qui allait de Calais au nord de l’Angleterre, six jeunes filles âgées de huit à dix ans se sont suicidées en se noyant… Nous déplorons surtout la mort de Sacha…»

NC
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Les bonnes surprises de la vie

L'année scolaire avait été particulièrement éprouvante pour moi. J'y avais appris que tout pouvait s'effondrer autour de toi. Véronique Lenoir était belle, bien que son intelligence manquait à l'appel. C'était l'inconscience-même, une vieillesse nostalgique du temps révolu, ma tante. Ceci dit, ayant plutôt bon fond, elle accepta de m'accompagner en Italie, voir les sites archéologiques, en compensation de mon année merdique.

Juillet 1993. Véronique et moi prenions le ferry à partir de Port Saint-Louis du Rhône jusqu'en Italie, où j'allais pouvoir jouir des monuments antiques. Le voyage à destination du Sud de la botte étant long, nous devions coucher en cabines. Véro avait opté pour des cabines séparées, allons savoir, un inconnu du bateau pourrait bien l'accompagner sur l'oreiller. Pas manqué, ni une ni deux, comme lorsque qu'on tire à l'arc, plusieurs beaux étalons étaient venus au cours de la soirée dans la chambre de cete chère tante, bien sûr, une suite de classe première.

Moins luxueuse pour moi, je me retrouvai à l'intérieur d'une pièce étroite, odorante mal positionnée par rapport aux services de restauration et avec un literie à dormir sur le sol. Durant les exploits corporels de ma tata adorée, que je ne supposais même pas à l'époque, je me sentais bien seule à bord du bateau, au milieu de la Méditerranée. J'ai alors décidé de trouver une occupation, différente que de refaire les exercices de mon manuel de sciences : sortir.

En sortant du taudis, c'est l'arrière du bateau, sur le pont, qui m'a attirée. Je m'y suis alors installée confortablement. Tous les événements qui avaient marqué négativement mon année m'ont alors interpellée, et je me les suis remémorés. D'un physique ingrat, recevant sans cesse des insultes, parfois même des coups sans jamais réagir, j'étais d'une nature extrêmement timide et réservée. Je n'ai donc rien osé dire à tante Véronique à l'époque. Je ne vous parle pas de mes parents car elle, s'est suicidé alors que je n'avais que quelques jours et lui, marié à l'alcool, perd son temps à soigner l'incurable.

Alors voilà, j'étais orpheline, élevé par une tante qui n'avait pas du tout la fibre maternelle, intello, exclue des autres, fanatiques des objets antiques donc "ringarde" auprès des gens et surtout, surtout, vraiment pas gâtée par la nature. Je regardais alors la mer tout en me passant tous ces instants de douleurs intenses qui racontaient ma propre à vie, un nid à malchance. Vous croyez au mauvais œil ? Et ben moi, j'étais persuadée que du moment que maman m'avait mise au monde, un espèce de sorcier aux mauvaises intentions m'avait jeté un sort.

Au cours des premiers instants, il n'y avait pas grand passager sur le fond du bateau. C'est alors que le bruit d'un groupe de personnes survînt. Ils passèrent juste à côté de moi et tous crièrent mon nom, cherchant dans leurs sacs, papiers et stylo. J'entendais "SACHA JE T'AIME", "SACHA", sortant de la bouche des femmes, des demoiselles, des enfants et d'hommes. Il y a même un femme aveugle qui m'a dit "DU HAUT DE TES HUIT ANS, TU AS DU MONDE A TES PIEDS ET MOI LA PREMIERE". Tous demandaient un autographe de "leur Sacha", tous souhaitaient me photographier, hurlaient.

Naturellement, j'ai pris peur, et j'ai décidé de courir. C'est alors que plusieurs personnes eurent la charmante idée de me suivre ce qui a amplifié ma peur, au pas de course. Il fallait que je trouve un endroit, un moyen, pour les semer. C'est alors qu'à ma gauche, j'ai vu une porte grise que je m'empressai d'ouvrir. J'arrivai dans la cuisine de la cafétéria. Quelques secondes se passèrent avant qu'un grand barbu n'arrive et me dise "OH MON ENFANT, JE JUBILE, JE T'AIME, JE TE VENERE", et c'est en disant ces choses incompréhensibles, qu'il s'agenouilla, baisant le sol.

Je repris alors la fuite jusqu'à ce que je regagne ma cabine modeste. J'étais alors complètement effrayée ! Moi, Sacha Lenoir, reclue et bouc émissaire des autres, était reconnue et même à première vue appréciée. C'était un bilan impossible, obligatoirement une bourde, une espèce de gourance au carré. Je suis alors restée là, assise au pied du chevet auquel il manquait un pied et qui était habillé de poussière.

MDS
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Le journal intime de Sacha Lenoir

Sacha Lenoir, une petite fille décédée à dix ans, publie dans son journal intime son séjour sur un ferry lors de ses huit ans. Son premier jour sur ce bateau a été l’un des plus attirants. Elle raconte :
« Aujourd’hui quand je suis arrivée sur ce ferry, je suis très heureuse, je vais au Maroc. Je resterai à bord quelques jours.
Quand je suis arrivée sur le bateau avec mes parents, tous les matelots étaient là, en ligne, et m'ont regardée en me lançant un sourire et m'ont tous dit en cœur « bienvenue à bord Sacha ! » puis ils sont repartis. J’étais étonnée ainsi que mes parents. Quelques instants plus tard un grand monsieur tout habillé de blanc et bleu est venu nous demander nos billets, il a demandé à l’un de ses collègues de nous amener a notre chambre puis il nous a dit « Bon séjour parmi nous. »

Alors que mes parents rangeaient nos affaires dans la chambre, ils me demandèrent d’aller jouer sur le pont et de me faire des amis. Alors je suis sortie et j'ai pris le couloir qui donnait sur le pont. Quand j’ai ouvert la porte du couloir, il y avait plein d’enfant qui étaient là, entassés devant moi et ils m'ont crié « Salut Sacha ! On va jouer à quoi ? » J’étais surprise et effrayée. Alors quelques-uns m'ont demandé de faire un foot (mais je n’aime pas le foot) alors je leur propose d’aller à la piscine. Ils m'ont répondu tous ensemble oui avec un grand sourire. Alors je leur ai donné rendez-vous à dix heures trente, le temps que l’on puisse mettre nos maillots de bains.

Je retourne dans la chambre pour me changer quand ma mère me dit : « Alors Sacha, tu veux quoi ? » Je lui réponds que je cherche mon maillot de bain. Elle sort de la pièce et me le donne. Je lui dis merci et je vais me changer.
Quand j'arrive à la piscine ils sont tous là et m’attendaient. Mais il y a une chose qui me fait très peur, c’est pourquoi ils me connaissent tous. Je suis rentrée dans la piscine et j’ai demandé à une fille comment elle s’appelait et comment elle me connaissait. Elle m'a répondu que je ne devais rien savoir sur eux, et elle est partie. Je suis allée voir d’autres personnes qui m'ont demandé si je pouvais jouer avec eux au ballon et j’ai dit oui.

Au bout de deux heures mes parents sont venus me chercher pour que l'on puisse aller manger. Quand je suis sortie de la piscine, ils m'ont suivie. C'était oppressant. Qu'avais-je de particulier? Pour retourner dans la chambre, sur le pont, on a croisé beaucoup de personnes et ils me regardaient en me disant bonjour.

J'arrive dans la chambre et je demande :
- Pourquoi tout ces gens me regardent et me disent bonjour alors que je ne les connais pas ?
- Je ne sais pas dit mon père.
- Je ne comprend pas, même les enfants avec lesquels je joue me connaissent et je ne sais même pas comment ils s'appellent.
- Pourquoi tu ne leur demandes pas ? répond maman.
- Mais je leur ai demandé mais ils m'ont dit que je ne devais pas savoir. Qu'est-ce que j'ai fait ?
- Tu n'as rien fait, ce n'est pas grave, vous n'êtes que des enfants, tu n'a pas besoin de les connaître, dit maman.
- Mais c'est difficile de parler à des personnes que tu ne connais pas.
Soudain mon père s'énerve et me dit en criant :
- Tu n'a pas besoin de savoir, mange, tu comprendras quand tu seras plus grande !
Alors comme mon père est énervé je ne réponds pas et reste interloquée.
Il est environ quatorze heures trente quand mes amis viennent me chercher pour aller jouer. Comme je suis inscrite au animations proposées pour les enfants de mon âge, ils m'accompagnent. Là-bas il ne s'est rien passé de spécial, mais alors que je ne connais pas les prénoms des moniteurs, eux me connaissaient.

A la fin des activités mes parents viennent me chercher il est environ dix-huit heures. Je rentre dans la chambre sans dire un mot, et ma mère me dit d'aller me laver. Après ma douche ils me demande de faire un peu de devoirs. A dix-neuf heures trente, nous partons au restaurant parce qu'il y a une grande réception donnée pour le premier départ. J'aperçois quelques-uns de mes amis, mais mes parents refusent que je parte avec eux. Nous sommes assis à une table, où se tiennent beaucoup de personnes très bien habillés, ils me regardent et me parlent. Mes parents me disent de ne pas avoir peur, et que ces gens ne me veulent aucun mal. Mais tous ces regards sont angoissants. Qu'ai-je fait pour être ainsi le point d'attraction systématique ?

La soirée est très animée, il y a une chanteuse que l'on écoute pendant tout le repas, et après commence une soirée dansante. Mais mes parents n'ont pas voulu rester car il est tard et je dois aller me coucher. Je me suis assise sur mon lit et j'ai écrit.
»

Tous les jours qui ont suivi ont été presque les mêmes : les mêmes événements se sont reproduits sans que Sacha puisse comprendre pourquoi tout le monde la (re)connaissait. Aujourd'hui l'énigme reste entière.

MV
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